Un choix issu de compromis

Entre coût, bruit, écologie et durée de vie, l'Office fédéral des routes doit opter pour le meilleur matériau.
07 août 2015, 14:18
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
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suter@lacote.ch

Chaque automobiliste s'en est rendu compte: suivant le revêtement posé sur une route, le bruit de roulement est plus ou moins élevé. Sur des tronçons à proximité d'habitations, ou en pleine ville comme à Morges, un soin particulier est apporté de manière à diminuer autant que possible ce bruit.

" Le choix du revêtement est un compromis entre différents critères , révèle Olivier Floc'hic, porte-parole de l'Office fédéral des routes (Ofrou). Nous devons tenir compte de la durée de vie du matériau, de son coût, de ses émissions sonores et de critères liés à l'environnement ". Si l'autoroute A1 a été recouverte de béton au moment de sa construction (lire La Côte du 16 avril), depuis des années, le bitume lui a succédé. Avant le 1 er janvier 2008, les cantons étaient en charge de l'entretien de leurs autoroutes. Depuis, c'est l'Ofrou qui s'en occupe. " Nous avons opté pour une uniformité de revêtement sur l'ensemble des routes nationales ".

Aujourd'hui, c'est un revêtement bitumeux appelé SDA8 qui a été choisi. Il remplissait au mieux les critères de coût, avec pour avantage d'être moins bruyant que le revêtement appelé macrorugueux, qui coûte moins cher et dure plus longtemps, mais est particulièrement bruyant. " On peut éventuellement l'utiliser dans certains tunnels ", admet le porte-parole. Le top en matière d'absorption du bruit est le phono-absorbant, mais il coûte 15 francs le mètre carré et n'a une espérance de vie que de huit ans. Le SDA8 coûte 12 francs le mètre carré et a une durée de vie de quinze ans. " Nos routes subissent une amplitude thermique de 70 degrés, soit moins 20 degrés en hiver et jusqu'à plus 50 degrés en été. Il faut en tenir compte dans nos choix. Sans oublier que les granulés qui composent le bitume peuvent subir une oxydation due au mélange de sel et d'eau". Le matériau choisi, le SDA 8, contient des granulés de 8 mm. Il existe en différentes versions, allant de 4 à 11 mm. La différence est le vide qu'il y a entre les granulés, et qui est rempli par le bitume qui les colle entre eux. Plus ils sont petits, moins ils sont bruyants. Mais s'ils sont trop petits, des problèmes d'adhérence peuvent survenir... Dernier argument de choix: 80% de ce produit bitumeux peut être recyclé.

 

Abaisser la température de pose: recherches en cours

 

La Suisse totalise 17 000 km de routes nationales. Seuls 5 à 10% des tronçons sont encore revêtus de béton, y compris sur l'axe Genève-Lausanne. Mais la pose d'un nouvel enrobé est dépendante de la météo. " Le bitume est chauffé dans des centrales à 170 degrés puis est amené par des camions-thermos pour être posé à une température d'environ 160 à 150 degrés; ceci afin de pouvoir compacter correctement la couche de base. S'il pleut ou s'il fait trop chaud, impossible de le poser. Il existe une quinzaine de centrales de chauffe entre Genève et Vaud", précise Olivier Floc'hic.

Actuellement, les écoles polytechniques fédérales cherchent à abaisser la température de pose, idéalement à 120 degrés, afin de limiter les dépenses énergétiques liées à cette fabrication et ainsi limiter les émissions de CO 2 . Les Japonais cherchent un revêtement synthétique fabriqué sans pétrole. Mais pour le moment, les résultats ne sont pas satisfaisants. " Je ne pense pas qu'il y aura de gros changements avant une trentaine d'années", conclut le spécialiste.