Une baraque à frites, comme papa

Dzemail Iseini a installé sa roulotte de restauration rapide sur l'A1 en 2011. Le Macédonien est le seul à proposer ce type d'offre sur ce tronçon.
07 août 2015, 13:59
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
data_art_8255008.jpg

jlaurent@lacote.ch

Plantée sur l'aire de repos de l'A1 à Saint-Prex, la roulotte de restauration rapide de Dzemail Iseini fait un peu figure d'exception en terres romandes, les Suisses alémaniques étant plus friands que les Romands de cette offre de snacks au bord des autoroutes. Au menu, les plats typiques de la restauration rapide avec, toutefois, un aperçu d'un mets traditionnel des Balkans, en hommage au pays d'origine du patron, sous forme de Cebapcici, ces saucisses de viande hachée grillée et épicée.

Le Macédonien a investi il y a peu dans la Rolls-Royce des baraques à frites et à hamburgers. Depuis cette année, ses clients ont découvert une roulotte flambant neuve - faite sur mesure en République tchèque. Bien plus vaste que celle d'occasion avec laquelle il avait ouvert son commerce ici, en janvier 2011, elle permet l'aménagement, à l'intérieur, de trois tables. Si l'on fait abstraction du décor extérieur - l'autoroute à deux pas et les toilettes publiques à côté de la roulotte - on se croirait presque dans un fast-food "haut de gamme": banni le plastique, les tables sont en bois aggloméré et les chaises en imitation cuir.

 

Réaliser un rêve d'enfant

 

On s'y arrête pour un café - les journaux du jour sont à disposition - ou pour un repas sur le pouce. L'accueil y est chaleureux: Dzemail Iseini reçoit la plupart de ses clients - six jours sur sept, du matin au soir - avec un "salut mon ami, comment ça va bien?" mâtiné d'accent macédonien et suisse allemand.

Arrivé en Suisse alémanique en 1988 pour y travailler, le Macédonien en maîtrise la langue. Il engage la conversation avec tous les chauffeurs routiers d'outre-Sarine dans un dialecte alémanique. Lui-même réside à Rizenbach (BE) et s'est visiblement imprégné de culture germanophone: il a nommé sa roulotte Q Imbiss, Q faisant référence à un nom de famille de ses ancêtres et Imbiss (de l'allemand goûter, collation, casse-croûte) à la tradition bien allemande des snack-bars, où l'on consomme toutes sortes de saucisses.

Une tradition de restauration rapide que Dzemail Iseini a pourtant connue également dans sa Macédoine natale. "Mon père avait une roulotte à Bitola. Depuis que je suis enfant et jusqu'à mes 24 ans, j'ai travaillé avec lui là-bas. Je me suis toujours dit que moi aussi, un jour, j'aurais ma propre roulotte. Avant de pouvoir réaliser mon projet, j'avais la nostalgie de cette époque , raconte le Macédonien. J'ai du plaisir à faire à manger pour les gens et j'ai besoin de contact avec eux. Quand quelqu'un me dit que c'est bon, c'est comme de gagner au loto!"

Dzemail Iseini a travaillé longtemps en Suisse en tant que chef de machines de chantier, avant d'oser se lancer dans l'aventure du commerce ambulant. Il lui a d'abord fallu obtenir l'autorisation de la part de l'Office fédéral des routes, un peu étonné de son choix de s'implanter en Suisse romande. "J'ai remarqué qu'il n'y avait pas ce type d'offre en Suisse romande, alors je me suis dit: pourquoi pas? Ici, c'est attractif, car l'espace est grand et il y a de la place pour se parquer, pour les voitures et les camions remorques" , explique-t-il.

 

Pas de pub sur l'autoroute

 

Après quatre ans d'exploitation, le bilan est positif: "Je ne suis pas riche avec cela, mais cela permet de payer les factures. Depuis que j'ai commencé, j'augmente chaque année d'environ 10% mon chiffre d'affaires. Si la Confédération acceptait que l'on fasse de la réclame sur l'autoroute, j'aurais davantage de clients."

Sa clientèle est composée essentiellement de chauffeurs routiers ou de livreurs, mais aussi d'ouvriers, de pendulaires et de familles. "Si je suis dans le coin, je m'arrête ici. C'est bon et les prix sont corrects. Et en plus, c'est pratique: ce n'est pas évident de garer un camion remorque; on a de plus en plus de difficultés à trouver des places libres le long de l'autoroute" , explique un chauffeur routier bâlois.

Dzemail Iseini ne prétend pas faire autre chose que de la restauration rapide. Néanmoins, précise-t-il, la plupart de ses viandes sont fraîches et n'ont pas été congelées au préalable. "Je mange toujours un hamburger quand je m'arrête ici, car la viande est fraîche, non congelée. Et puis on rigole toujours avec le patron" , explique Pierrot Venetz, de Sierre. Le Service de la consommation et des affaires vétérinaires fait d'ailleurs de fréquents contrôles. En juin dernier, Dzemail Iseini a eu tout bon sur plusieurs échantillons provenant de ses produits.