21.04.2017, 00:01  

Emmanuelle Giacometti aime titiller notre curiosité

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Emmanuelle Giacometti aime titiller notre curiosité

PORTRAIT - La directrice de l’Espace des inventions, à Lausanne, est installée à Lavigny. Cette docteure en physique se dédie à l’éveil scientifique des enfants.

Jocelyne Laurent

jocelyne.laurent@lacote.ch

«J’ai fait ma petite révolution, modeste. Mon grand-père, mes parents, mon oncle et ma tante étaient chimistes, c’était une espèce de religion», sourit Emmanuelle Giacometti. La jeune femme, à l’heure de choisir un cursus universitaire, opte ainsi pour la physique des matériaux. Et, trahison pour certains, tourne le dos à la belle campagne genevoise – elle est de Choulex – pour entamer ses études à L’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Elle y fera aussi sa thèse de doctorat.

Mais la docteure en physique des matériaux réalise très vite que la recherche scientifique, qu’elle respecte et dont elle défend le caractère essentiel, ne lui correspond pas. «J’avais besoin d’être davantage en prise avec la réalité de la vie», explique-t-elle. Elle songe à se lancer dans le journalisme scientifique lorsque se présente l’opportunité de rejoindre l’aventure naissante de la création de l’Espace des inventions à Lausanne. Elle prend la barre de ce vaisseau en 2000.

Les sciences: de la culture

L’architecture des lieux – innovante pour l’époque, toute de béton armé et en rondeurs – et l’affectation précédente de l’espace – il accueillait le jardin d’enfants de l’Exposition nationale de 1964 – donnent un supplément d’âme à l’Espace des inventions. «C’est un très bel endroit, hors du temps: on entre dans un véritable univers».

Un lieu désormais dévolu à l’éveil scientifique et technique des enfants. Une mission essentielle aux yeux de la directrice qui souhaiterait que les sciences et la technique, qui souffrent de leur réputation de complexité, soient considérées comme une forme de culture par le grand public, au même titre que les arts, par exemple.

Une complexité qu’elle ne nie pas mais qui n’est pas propre au domaine scientifique, selon elle. Elle s’emploie dès lors, avec toute l’équipe de l’Espace des inventions, à faire de l’éveil aux sciences une expérience à la fois ludique et surtout riche d’enseignements. Pour y parvenir, les enfants, mais aussi les adultes, sont plongés dans un univers coloré, à la scénographie étudiée, où ils sont initiés à la démarche expérimentale. Les petits scientifiques échafaudent des hypothèses avant de mener des expériences, puis vérifient leurs théories et débattent, le tout en développant leur compréhension du monde et leur esprit critique.

La directrice admet que la démarche scientifique ne répond pas à tout mais elle lui semble essentielle à notre époque hyper technologique et à l’heure où les théories créationnistes reprennent de la vigueur.

PâKOMUZé, c’est elle

Après avoir passé dix-sept ans à la barre de l’Espace des inventions, Emmanuelle Giacometti assure n’éprouver aucune lassitude. Bien au contraire: elle trouve une vraie satisfaction dans un travail au long cours plutôt que dans le changement à tout prix. Ce qui n’est de loin pas incompatible avec une créativité sans cesse renouvelée. «A chaque exposition, (ndlr: 12 au compteur) on relève un nouveau défi. C’est un travail d’équipe très varié et enrichissant, toujours créatif».

Son esprit inventif, son envie de partager ses connaissances et son expérience, elle aime les mettre au service d’un travail en réseau. C’est elle qui, avec une collègue du Musée de design et d’arts appliqués contemporains (Mudac), est notamment à l’origine, il y a douze ans, de PâKOMUZé, une manifestation lausannoise qui a depuis pris une ampleur vaudoise. Aujourd’hui, Emmanuelle Giacometti siège au comité central de l’Académie suisse des sciences naturelles. Chaque année, l’entité décerne un prix à une exposition. En 2011, l’Espace des inventions a été récompensé pour celle intitulée «Les doigts dans le cerveau».

Emmanuelle Giacometti aime décidément mieux triturer la matière qu’entériner des décisions. Habitante de Lavigny depuis douze ans, elle a siégé durant une législature au Conseil communal. «J’aime le terrain et cela ne me correspondait pas. Je suis prête à donner de mon temps à la collectivité pourvu que je me sente utile.» Elle fait désormais partie d’une commission d’Agenda 21 qui a mis sur pied une boîte et une bibliothèque d’échange. Une passeuse de culture, décidément.

INFO +

T’es sûr-e?

Espace des inventions, Lausanne, Vallée de la Jeunesse 1, jusqu’au 15 juillet 2018

www.espace-des-inventions.ch


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