15.09.2017, 00:01  

«Il s’agit plutôt de Jean-Luc»

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 15.09.2017, 00:01   «Il s’agit plutôt de Jean-Luc»

«LE REDOUTABLE» - Hazanavicius pastiche le Godard de 1968 dans une comédie romantique destinée à tous les publics et pas seulement aux cinéphiles! Drôle, ludique et astucieux…

Réalisateur de «OSS 117» ou «The Artist», Michel Hazanavicius a prouvé qu’il maîtrisait l’art du pastiche cinématographique à la perfection. Avec le concours de Louis Garrel (qui compose Godard avec gourmandise) et de Stacy Martin (superbe dans le rôle de Wiazemsky), le voilà qui parodie allègrement la grammaire godardienne, souscrivant ainsi à l’adage selon lequel tout cinéaste digne...

Réalisateur de «OSS 117» ou «The Artist», Michel Hazanavicius a prouvé qu’il maîtrisait l’art du pastiche cinématographique à la perfection. Avec le concours de Louis Garrel (qui compose Godard avec gourmandise) et de Stacy Martin (superbe dans le rôle de Wiazemsky), le voilà qui parodie allègrement la grammaire godardienne, souscrivant ainsi à l’adage selon lequel tout cinéaste digne de ce nom lui doit quelque chose… Rencontre.

Michel Hazanavicius, avant ce film, quel était votre lien avec Godard?

Un rapport assez décontracté et classique. Je ne fais pas partie de la secte godardienne, mais j’avais une idée de ce que nous lui devons: à force de prises de libertés, il a ouvert beaucoup de portes. En tant que spectateur, je suis très sensible au charme de ses films des années 1960. Ce qui vient après me laisse un peu plus sur le carreau, mais maintenant que j’ai travaillé sur lui, je vois l’œuvre d’un homme qui cherche sa route et la trouve.

Quel est le point de départ de cette comédie?

C’est la lecture du livre d’Anne Wiazemsky. J’y ai vu la possibilité d’un film avec les équilibres que j’aime: faire du comique et du tragique à travers une histoire d’amour, mais aussi aborder des questions existentielles, comme la remise en question de l’artiste ou sa place dans un pays qui traverse un bouleversement politique. Il y avait aussi l’ambition esthétique de revisiter la cinématographie de Godard.

Vous citez le langage de Godard: les jump cuts, le négatif, les contrepoints…

Il y a des choses que Godard a faites et d’autres qu’il n’a pas faites, mais qu’il aurait pu faire. Quand on lui disait que ça ne se faisait pas comme ça, il le faisait exprès. J’ai procédé de manière plus classique. J’ai intégré ces particularités formelles dans la narration, en respectant l’histoire, mais le film est aussi accessible à ceux qui ne connaissent pas l’œuvre de Godard. Ceux qui la connaissent vont, par exemple, reconnaître le décalage avec la scène de «Vivre sa vie», mais ceux qui ne la connaissent pas seront dans la découverte. Ce sont deux manières de voir le film.

Comment être ironique tout en restant respectueux?

Je me suis demandé comment faire un film avec un personnage qui ne cherche pas à être sympathique, comment le raconter pour qu’on ait de l’empathie? C’est aussi ce qui m’a plu dans le livre. Il ne s’agit pas de Godard du haut de sa statue en bronze, mais plutôt de Jean-Luc. J’y ai vu un être humain et ça m’a permis de jouer avec une figure à moitié divine.

Pourquoi Louis Garrel? A cause de son imitation de Godard à la radio?

C’est ce qui m’a allumé, mais ce n’est pas ce qui m’a convaincu. Dans le film, Louis Garrel ne cherche pas à imiter Godard, mais à trouver un personnage entre Godard et lui-même. C’est une manière de faire entrer de l’humanité, de ne pas reproduire une image parfaite de Godard, parce que ça aurait donné un stéréotype. Ce qui m’a attiré chez Garrel, ce sont ses qualités d’acteur. Il avait une aptitude à la comédie et ça me plaisait de l’y emmener.

Vous ne montrez pas Godard au travail. Pourquoi?

Parce que le métier de réalisateur n’a rien de spectaculaire. Un cinéaste n’est pas sauteur à la perche ou musicien. Il n’y a pas de performance. A filmer, ce n’est pas très intéressant. J’aurais eu l’impression de singer quelque chose. Et je ne voulais pas entrer dans le «who’s who» des biopics. Une fois que le spectateur accepte l’idée que Garrel incarne Godard, je ne voulais pas lui demander en plus d’accepter qu’untel joue Truffaut, untel Belmondo et untel Jean-Pierre Léaud.

ainsi va la vie

ç Présenté en compétition à Cannes, le sixième long métrage de Michel Hazanavicius tire son titre d’une émission radio qui, en 1967, chroniquait la croisière du premier sous-marin nucléaire français en concluant son propos par: «Ainsi va la vie à bord du «Redoutable.» Rapidement, la phrase a fait florès parmi les amoureux embarqués dans le quotidien agité des années 1967 et 1968, lorsque Anne Wiazemsky épouse en catimini Jean-Luc Godard, un autre grand redoutable. Adaptant «Un an après» (2015), le livre de souvenirs de Wiazemsky, Hazanavicius reconstitue leur relation, de l’amour au désamour. La jeune comédienne admirative entre en effet dans la vie de l’auteur de «Deux ou trois choses que je sais d’elle» à un moment où il songe à faire du cinéma révolutionnaire et à se réinventer en pratiquant un cinéma sans récit et sans personnages, donc sans actrices ni acteurs… En grand maître du pastiche, Hazanavicius réussit à merveille cet exercice d’équilibriste alliant humour parodique, romance mélodramatique, références cinématographiques et reconstitution historique. rch

de Michel Hazanavicius, avec Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo…

Durée: 1h47

Age légal/conseillé: 10/14


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