21.09.2017, 00:01  

«Là où l’humain se met le plus à nu»

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 21.09.2017, 00:01   «Là où l’humain se met le plus à nu»

«FAUTE D’AMOUR» - Récompensé à Cannes, le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev file une nouvelle métaphore de la société russe et d’un monde déshumanisé. Rencontre.

Primé pour chacun de ses films, Andreï Zviaguintsev a reçu cette année à Cannes le Prix du jury pour «Faute d’amour», son cinquième long métrage après «Le retour», «Le bannissement», «Elena» et «Léviathan». Fidèle à sa patte d’auteur et ses préoccupations bergmaniennes, le réalisateur russe nous livre un nouveau film sur l’incommunicabilité, où la forme transcende le fond pour...

Primé pour chacun de ses films, Andreï Zviaguintsev a reçu cette année à Cannes le Prix du jury pour «Faute d’amour», son cinquième long métrage après «Le retour», «Le bannissement», «Elena» et «Léviathan». Fidèle à sa patte d’auteur et ses préoccupations bergmaniennes, le réalisateur russe nous livre un nouveau film sur l’incommunicabilité, où la forme transcende le fond pour révéler une société patriarcale oublieuse de ses citoyens…

Andreï Zviaguintsev, quel est le point de départ de «Faute d’amour»? L’association Liza Alerte pour la recherche des disparus?

Nous sommes tombés sur cette association par hasard. Mon scénariste, Oleg Neguine, l’a découverte sur Internet. La création de ce mouvement est liée à un événement tragique: la disparition de Liza, une fille de 6 ou 8 ans. L’un des participants à la battue qui s’est organisée à la va-vite pour la retrouver a fondé ce mouvement après que Liza ait été retrouvée morte. Ils l’ont trouvée six heures après son décès, alors que ça faisait six jours qu’ils la cherchaient. Il leur a manqué six heures pour la retrouver vivante... Cependant, Liza Alerte n’est pas le point de départ du film, mais une de ses parties. La première partie, c’est une réflexion sur l’idée de créer un film sur un couple qui n’arrive plus à cohabiter. En s’entrechoquant, ces deux éléments, le couple et Liza Alerte, ont donné l’étincelle à «Faute d’amour».

Le film montre la relation intime du couple, mais comporte aussi une dimension politique, sociale et religieuse…

Le noyau du film, c’est l’apocalypse du couple, l’abîme qui se crée. Pour donner de la profondeur à cette histoire intime, il fallait ajouter un contexte, pour que le bureau où Boris travaille ne soit pas abstrait et qu’on y trouve des personnages bien vivants, une ambiance particulière qui le fasse exister. La présence d’un personnage orthodoxe extrémiste est presque exotique. En plus, on n’a rien inventé, il existe bel et bien: à Rouza, près de Moscou, il y a une laiterie industrielle qui emploie 1500 personnes. En 2010, le propriétaire a décrété que tous ses employés devaient être mariés à l’église. Si tel n’était pas le cas, ils étaient licenciés!

La famille est le motif récurrent de vos films...

C’est un champ de bataille, là où l’humain se met le plus à nu. C’est la meilleure arène pour observer la nature humaine. Ce n’est pas un choix stratégique autour d’une thématique. Simplement, il s’avère que toutes mes histoires tournent autour de conflits familiaux.

Vos films se caractérisent par un large spectre interprétatif. Est-ce un moyen de contourner la censure?

Ce n’est pas une question de censure. Personne ne va m’interdire quoi que ce soit. C’est uniquement lié au respect du spectateur. Il s’agit de faire des films qui s’adressent à notre expérience. Prémâcher le travail du spectateur n’a aucun sens. Un héros positif ou négatif n’est qu’une coquille vide. Il est plus intéressant d’entrer dans la complexité de l’être humain et de proposer au spectateur de se faire lui-même une idée, de réfléchir à ce qu’il ferait dans cette situation.

Est-ce que «Faute d’amour» est bien reçu en Russie?

En Russie, il y a deux types de réactions. Certains pensent que des personnages comme Boris et Genia sont inventés de toutes pièces, d’autres disent qu’il faut voir le film parce qu’il parle de nous. En rentrant chez eux, ils éprouvent le besoin d’embrasser leurs proches, leurs enfants...

d’Andreï Zviaguintsev, avec Maryana Spivak, Matvey Novikov, Andris Keishs... Durée: 2h08.

Age légal/conseillé: 14/16 ans.

L’intime et le politique

En plein divorce, Genia et Boris se disputent sans cesse et tentent de revendre leur appartement. Pris chacun de leur côté dans une nouvelle histoire d’amour, ils en oublient Aliocha, leur fils de 12 ans dont ni l’un ni l’autre ne veut la garde. Révélant les états d’âme de ses personnages en résonance avec une banlieue moscovite morne, le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev effectue une fois encore un travail d’une immense rigueur. Grâce à une mise en scène épurée, des cadrages millimétrés et un sens sidérant du plan-séquence, le cinéaste décrit un couple aliéné par son égoïsme, en veillant à laisser le spectateur libre de son interprétation. «Faute d’amour» interroge alors l’intime, la condition féminine et le politique pour scruter avec un œil acéré les contradictions morales et religieuses de la Russie d’aujourd’hui.


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