16.02.2017, 00:01  

«Il faut s’autoriser le droit de s’émerveiller»

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«Il faut s’autoriser le droit de s’émerveiller»

Biologiste devenu cinéaste animalier, le Français Luc Jacquet s’est fait connaître avec «La marche de l’empereur», Oscar du meilleur film documentaire en 2006. Après «Il était une forêt», un film tourné dans la canopée avec le botaniste Francis Hallé, et «La glace et le ciel», un documentaire sur le réchauffement climatique avec le glaciologue Claude Lorius, le réalisateur est...

Biologiste devenu cinéaste animalier, le Français Luc Jacquet s’est fait connaître avec «La marche de l’empereur», Oscar du meilleur film documentaire en 2006. Après «Il était une forêt», un film tourné dans la canopée avec le botaniste Francis Hallé, et «La glace et le ciel», un documentaire sur le réchauffement climatique avec le glaciologue Claude Lorius, le réalisateur est retourné sur la banquise. Rencontre.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de retrouver les manchots?

On était en expédition pour témoigner de l’Antarctique durant la COP21 et je me suis dit qu’on pouvait faire mieux aujourd’hui car, lorsque nous étions partis en 2003 pour tourner «La marche de l’empereur», le super 16mm ne nous permettait pas d’explorer la partie sous-marine de la vie des manchots. Cette fois, on a pu filmer ces plongées incroyables. J’avais aussi envie de me confronter à un défi cinématographique: dépasser le côté naturaliste et aller plus loin dans la narration.

Pourquoi avoir choisi la forme du conte poétique raconté par Lambert Wilson?

A chaque fois que la réalité nous échappe, on recourt à des langages qui dépassent la description pour aller vers l’émotion. C’est pour ça que j’ai choisi ce type de narration, que ce soit au niveau de l’image ou de la voix.

Vous jouez même avec les flash-back…

C’est un moyen d’appréhender la notion de destin. Au moment de raconter notre propre histoire, on repense à des moments de notre existence. Avec les flash-back, j’ai pu montrer que le poussin revenait de loin, que l’empereur est un survivant. Cela permet aussi de casser les codes du documentaire animalier.

Parmi les milliers de manchots, comment rester concentré sur un seul individu?

C’est tout l’intérêt de ce travail: isoler un personnage de la foule pour arriver à le distinguer des autres. C’est surtout une question de tact et de savoir-faire durant la prise de vue. Il faut toujours se mettre à leur hauteur ou plus bas qu’eux. Ensuite, ce sont eux qui s’approchent de vous. Il y a également un travail considérable de montage pour qu’on ait le sentiment de ne jamais perdre ce personnage qui ressemble à tous ceux qui sont autour de lui.

Vous avez de nouveau travaillé avec les frères Gentil, spécialistes des prises de vue en milieux hostiles…

C’est un duo très expérimenté. Cédric a son talent d’assistant-réalisateur. Yanick est l’un des plus grands opérateurs sous-marins, capable de tourner dans toutes les conditions, que ce soit au sommet d’un arbre, dans des milieux très chauds ou très froids. Comme je n’étais pas à côté de lui quand il plongeait, il y a eu un travail de préparation pour définir ce qu’on cherchait à obtenir, quel comportement, etc. Très vite, il m’a ramené les bonnes images. Son apport a été exceptionnel.

Votre film est plus poétique et moins directement engagé que les précédents. Dans quelle mesure contribue-t-il à la protection de l’environnement?

Si certains pessimismes sont fondés, il faut s’autoriser le droit de s’émerveiller et de contempler la nature sans être écrasé par les menaces qui pèsent sur elle. J’ai fait le pari que le spectateur allait s’approprier cette beauté et se mettre à y tenir…

Les empereurs sont-ils menacés?

La fonte d’eau douce est très importante et, comme l’eau douce gèle plus vite que l’eau de mer, les banquises s’étendent et l’empereur a beaucoup de mal à rejoindre la mer. Certains parlent de disparition d’ici cinquante ans. C’est bien la preuve qu’il faut expliquer encore et encore. Intellectuellement, je suis dépassé: il y a un tel déficit de responsabilité, de courage politique, mais je refuse de laisser les enfants seuls avec ces responsabilités morales.

«L’empereur» souvenirs d’une marche

Le réalisateur français Luc Jacquet est reparti en expédition sur la banquise pour filmer la vie des manchots empereurs, ces animaux étonnants et complexes qu’il avait rencontrés dans «La marche de l’empereur». Dans «L’empereur», il nous raconte avec la voix apaisante de Lambert Wilson l’histoire d’une famille de manchots qui survivent dans le froid glacial et vont pêcher dans les eaux profondes. Adoptant la forme du conte poétique, le cinéaste délaisse l’information scientifique pour montrer, d’une part la solidarité et l’organisation exemplaires de l’empereur dans un milieu hostile et fascinant, d’autre part sa beauté exceptionnelle. Luc Jacquet tente donc de restituer le pur spectacle de la nature et de le faire aimer au spectateur. Si ce but est atteint, notamment grâce à de magnifiques scènes de plongée, le parti pris artistique laisse certaines questions sans réponses et il subsiste une petite impression de déjà-vu par rapport à la précédente marche. rch

de Luc Jacquet

Durée: 1h24 Tout public


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