17.02.2017, 00:01  

Au Parlement comme les politiciens

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Les jeunes élèves ont sorti chemises et vestons pour siéger dans la salle du Conseil national.

EXPÉRIENCE - Vingt élèves aubonnois ont participé cette semaine au projet «Ecole à Berne».

samantha lunder

samantha.lunder@lacote.ch

Treize heures, ouverture de session ce jeudi après-midi dans la salle du Conseil national, au Parlement à Berne. «Monsieur le président, Madame la vice-présidente, chers collègues», si ce n’était pour leur jeune âge, les conseillers qui défilent au micro pourraient être confondus avec ceux qui y siègent habituellement. A droite, vingt places sont occupées par les élèves de 11e HarmoS de Marie-Esther Rossier, professeure de géographie et de citoyenneté à l’Etablissement secondaire d’Aubonne.

Un projet d’envergure

Depuis lundi, ces jeunes âgés de 14 et 15 ans vivent dans la Berne fédérale, dans le cadre du projet «Ecole à Berne». Avec quatre autres classes, en provenance des quatre coins de la Suisse, ils se sont plongés dans l’actualité politique nationale grâce à un jeu de rôle. Chacun s’est mis dans la peau d’une conseillère ou d’un conseiller national pour comprendre les enjeux d’une démocratie. Pour entrer dans leur personnage et vivre au maximum cette aventure, ils ont dû effectuer tout le processus du dépôt d’une initiative populaire et se créer un parti fictif.

Une démarche nécessitant un important travail en amont, réalisé en classe depuis la rentrée d’août: «Pendant la phase préparatoire, j’ai dû leur enseigner la citoyenneté et c’est vrai qu’au départ, ce n’était pas évident pour eux, explique Marie-Esther Rossier. Mais avec l’idée d’une semaine à Berne, cela les a illuminés, car il y a un aboutissement très concret à ce qu’ils ont appris en théorie. Je les ai sentis réellement impliqués.»

Vote proportionnel, commissions ou groupes parlementaires, maîtriser les termes et le fonctionnement pendant les cours théoriques a été le principal défi. «Il fallait maintenir leur intérêt tout en leur apportant les notions de base nécessaires à la semaine», ajoute-t-elle. Peu à peu, ces jeunes commencent alors à découvrir, et même à apprécier, une matière qui ne les a pas toujours séduits. «Ils ont compris un mécanisme très complexe depuis l’intérieur, complète Béatrice Aubert, accompagnatrice pendant la semaine et leur professeure de français. Cela leur a aussi permis de développer des compétences en argumentation.»

Travail très concret

Les cinq initiatives, une par école, ont été débattues en commission pendant la semaine. Quatre élèves de chaque groupe parlementaire (classes) siégeaient dans ces commissions. Les groupes se retrouvaient ensuite pour d’autres séances le soir. Dont une s’est même terminée à 22h: «C’était intéressant de pouvoir partager nos points de vue et débattre avec les autres», réagit Julie Bovon, 15 ans.

Jeudi, après avoir rédigé son intervention, chaque élève a dû prendre la parole à la tribune pendant la séance du Conseil national. Il a défendu ses arguments en présence de l’ancienne conseillère fédérale Elisabeth Kopp: «C’est stressant de se retrouver devant tout ce monde parce qu’on se prend au jeu!», ajoute Julie Bovon.

Veston, cravate ou même costume pour certains, un dress code élégant était de rigueur pour ces jeunes conseillers. A l’issue des courtes argumentations des différents partis, tous ont dû voter à main levée pour choisir s’ils acceptaient les initiatives ou un contre-projet. «La politique ne m’intéressait vraiment pas, mais sous cette forme, on apprend beaucoup plus», raconte Laura Maquet, 14 ans. Et Tanguy Pittet, 15 ans, d’ajouter que «les autres classes qui ne font que des fiches sans mise en pratique vont oublier rapidement, on comprend beaucoup mieux comme ça.» Lors des interventions de collègues suisses-allemands, un traducteur relatait les propos à travers des écouteurs mis à disposition des francophones. A 17h, au terme de la session, les élèves aubonnois confient à l’unanimité que quand ils auront atteint leur majorité, ils comptent bien aller voter!

L’initiative populaire fédérale d’Aubon’air

Au départ, la classe, qui a choisi comme nom de parti «Aubon’Air» souhaitait proposer une initiative sur l’élimination des sacs plastiques. Une fois envoyée à Berne, le Conseil fédéral a modifié cette proposition, pour la renvoyer à la classe de la manière suivante: «Réduire de moitié la quantité de déchets ménagers d’ici 2030», avec comme condition que seul les sacs en plastique biodégradables sont autorisés. Après réflexion, les élèves ont trouvé cela trop ambitieux. Ils ont alors élaboré un contre-projet, proposant de réduire de 30% ces déchets. Jeudi après-midi, à l’issue de la discussion, les conseillers ont refusé l’initiative, mais accepté ce contre-projet.


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