17.02.2017, 00:01  

Aubonne accusée de jeunisme

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Jean-Pierre Cardon lit avec attention toutes les offres d’emploi. Les deux annonces d’Aubonne ont suscité sa colère Il trouve anormal qu’une commune puisse avoir des exigences quant à l’âge des postulants.

EMPLOI - Deux offres de la commune mentionnant une limite d’âge ont suscité la colère d’un chômeur senior.

marie-christine fert

marie-christine.fert@lacote.ch

«C’est de la ségrégation par l’âge!» Jean-Pierre Cardon, 60 ans, a été choqué de voir que la commune d’Aubonne recherche un concierge pour un poste à 50%, avec un âge souhaité de 25 à 45 ans. Idem...

marie-christine fert

marie-christine.fert@lacote.ch

«C’est de la ségrégation par l’âge!» Jean-Pierre Cardon, 60 ans, a été choqué de voir que la commune d’Aubonne recherche un concierge pour un poste à 50%, avec un âge souhaité de 25 à 45 ans. Idem pour un employé aux services extérieurs à 60% pour l’entretien des routes, avec un âge toujours souhaité de 25 à 35 ans. Polyvalent, le Nyonnais est à la recherche d’un emploi depuis deux ans et est bientôt en fin de droit. «Surtout que les communes ne donnent pas d’indication d’âge! On a l’impression qu’à cinquante ans, on ne sert plus à rien!, s’indigne-t-il. Alors que c’est faux, on a une expérience à faire valoir». Outré, il a posté dans le groupe Facebook «T’es de Nyon si...» les deux fameuses annonces avec un commentaire courroucé. Une démarche qui a suscité de nombreuses réactions. «Avant 25ans, pas assez d’expérience. Après 35ans, tu coûtes trop cher. En fait, cela fait dix ans où l’on est apprécié sur toute une vie», tel est ainsi l’un des avis posté.

Un «délit de vieillisme» qui ne fait que s’accentuer, regrette Jean-Pierre Cardon. A force de lire les offres d’emploi, il est devenu un spécialiste de leur présentation. Du coup, il a décidé de ne plus mentionner sa date de naissance sur son curriculum vitae, ce qui lui permet de décrocher des rendez-vous. Mais ensuite, il est persuadé que son âge joue en sa défaveur. «Ou alors, il ne faut pas demander aux gens de travailler jusqu’à 67ans», tempête-t-il.

«C’est très inopportun!»

«Je comprends sa déception, mais cela ne doit pas l’empêcher de postuler», répond le syndic d’Aubonne. Luc-Etienne Rossier ajoute qu’appartenir à une classe d’âge n’est pas un défaut rédhibitoire: tous les dossiers sont examinés avec la même attention et un postulant senior ne sera pas évincé du premier tour. Cela étant, l’élu assume totalement ces critères qui, dit-il, figurent régulièrement dans les offres de la commune. Il les justifie par la nécessité de constituer des équipes équilibrées entre les jeunes et des employés plus confirmés. Car à Aubonne, assure-t-il, le personnel communal est formé de petites entités qui sont performantes justement grâce à cette diversité interâge.

Même justifiée, la démarche interpelle. «Ce n’est pas répréhensible, mais c’est très inopportun», commente ainsi François Vodoz. Le chef du Service de l’emploi du canton de Vaud n’a pas été confronté à des situations similaires dans d’autres communes. Et a priori, Aubonne reste un cas isolé dans la région. «L’âge n’entre pas en ligne de compte», observe ainsi le syndic de Morges. Pour le socialiste Vincent Jaques, les choix se font en fonction d’un ensemble de paramètres, mais qui ne sont pas liés au nombre de bougies soufflées par les candidats. A Nyon, le vert-libéral Vincent Hacker, en charge des ressources humaines, rappelle la vocation sociale d’une administration communale. Il ne cache pas qu’il y a des exceptions. «C’est clair que pour un chef de service, nous n’allons pas prendre quelqu’un de 18 ans», conclut-il.

après 50 ans, une situation de vulnérabilité

«L’âge est un facteur discriminatoire lorsque l’on recherche un emploi», confirme Nicolas Turtschi qui s’est penché sur cette question. Il est l’auteur d’une thèse de doctorat présentée à l’Université de Lusanne en 2015, intitulée «Les réseaux sociaux: un outil de réinsertion pour les chômeurs désavantagés». Dans son enquête, il démontre qu’après un an de chômage, retrouver un emploi s’avère compliqué. Surtout pour les quinquagénaires et plus. «Les personnes de plus de 50 ans sont même considérées comme plus vulnérables que celles qui n’ont aucune formation», explique l’auteur qui est aujourd’hui adjoint scientifique à la Haute école de santé Vaud. Cela étant, les plus de 50 ans qui ont su développer des profils et qui sont actifs sur les réseaux sociaux peuvent arriver à compenser le «handicap» de l’âge aux yeux d’un employeur. D’autant que dans bien des cas, ils ont un meilleur curriculum vitae qu’un(e) trentenaire.

Près de 24% des demandeurs d’emploi

L’effectif des demandeurs d’emploi pour le mois de janvier 2017 dans le canton de Vaud s’établit à 28 019 personnes, soit une hausse de 608 inscrits (+2,2%) par rapport à décembre 2016. Sur ce nombre de demandeurs d’emploi, 5331 sont âgés de 50 à 59 ans et 1345 ont 60 ans et plus. Cumulées, ces deux tranches d’âges représentent 23,8% des personnes à la recherche d’un travail.


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