21.04.2017, 00:01  

Dans l’intimité des jazzmen

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Le Nyonnais dans son appartement. Un véritable musée du jazz au cœur du quartier de Rive.

 21.04.2017, 00:01   Dans l’intimité des jazzmen

À L’HONNEUR - Le Nyonnais Jacques Muyal s’est lié d’amitié avec les plus grands noms du jazz. Un documentaire, projeté dimanche à Visions du réel, retrace son parcours.

antoine guenot

antoine.guenot@lacote.ch

Des murs entiers ornés de portraits de musiciens célèbres, des bibliothèques pleines à craquer de disques et de DVD. Passer le pas-de-porte de l’appartement de Jacques Muyal, dans le quartier de Rive, c’est se retrouver soudain immergé dans un petit musée du jazz. Et pour cause: depuis plus d’un demi-siècle, cet ingénieur à la retraite cultive...

antoine guenot

antoine.guenot@lacote.ch

Des murs entiers ornés de portraits de musiciens célèbres, des bibliothèques pleines à craquer de disques et de DVD. Passer le pas-de-porte de l’appartement de Jacques Muyal, dans le quartier de Rive, c’est se retrouver soudain immergé dans un petit musée du jazz. Et pour cause: depuis plus d’un demi-siècle, cet ingénieur à la retraite cultive une passion insatiable pour la musique improvisée américaine. Au point d’avoir noué de solides amitiés avec les plus grands noms du métier.

Ce parcours hors-norme fait désormais l’objet d’un documentaire, «Jazz: The only way of life», présenté dimanche à Visions du réel. Son réalisateur, le Neuchâtelois Jacques Matthey, y dresse le portrait de ce discret Nyonnais au travers d’images d’archives et d’interviews de grands jazzmen, qui lui rendent hommage. Mais il projette aussi le spectateur dans l’intimité des stars du be-bop, grâce à des extraits de films tournés par Jacques Muyal lors de séjours aux Etats-Unis.

Ainsi, l’on y voit le mythique trompettiste Dizzy Gillespie (1919-1993) raconter quelques bonnes blagues tranquillement installé dans son salon ou le pianiste Oscar Peterson (1925-2007) souffler les bougies de son 75e anniversaire entouré de sa famille.

Animateur radio, à 15 ans

Mais comment Jacques Muyal est-il parvenu à se faire une place auprès de ces monstres sacrés? Pour le comprendre, il faut remonter aux années cinquantes, à Tanger, la ville où il est né. «J’y ai découvert le jazz au début de mon adolescence, grâce à une émission radio diffusée sur la chaîne américaine Voice of America», raconte-t-il. Grâce à ce programme, le jeune homme se forge rapidement une solide culture musicale et intègre un groupe d’aficionados.

Parmi eux, le spécialiste André Francis, qui animait une émission similaire sur Radio Tanger International. «Un jour, André a décidé de rentrer en France. Il m’a alors proposé de reprendre l’animation de son émission. J’étais au lycée, je n’avais que 15 ans!» Ni une, ni deux, l’adolescent saute sur l’occasion avec l’accord de ses parents. «Cela m’a permis de rencontrer mes mentors, des agents comme des musiciens, de passage lors de tournées.»

Son bac en poche, Jacques Muyal quitte Tanger pour Paris. Officiellement pour suivre des études techniques. Officieusement pour rejoindre Frank Ténot, critique de jazz, et fréquenter les clubs. Ce qui met rapidement en péril sa formation. Il décide alors de s’éloigner de la capitale et s’inscrit à l’Ecole polytechnique de Lausanne. Pas question en effet de faire carrière dans le business musical: «Je ne voulais pas décevoir mon père», confie-t-il.

Le pendentif porte-bonheur de Dizzy

En parallèle à son job d’ingénieur, Jacques Muyal continue toutefois d’assouvir sa passion. Il fréquente assidûment les «boîtes» et rejoint les jazzmen en tournée. En particulier Dizzy Gillespie, devenu au fil des décennies l’un de ses plus proches amis. «Je dormais souvent dans sa suite. Il m’y invitait pour me raconter durant des heures des tas d’anecdotes. Je devais parfois me pincer pour me convaincre que c’était réel!»

Cette relation perdurera jusqu’au dernier souffle du trompettiste. Qui inscrira d’ailleurs le nom de Jacques Muyal sur son testament. Ainsi, sa veuve lui lèguera notamment son pendentif porte-bonheur, aujourd’hui suspendu sur l’un des murs de l’appartement du Nyonnais. «J’ai porté le cercueil de Dizzy à son enterrement, se souvient-il avec émotion, c’était mon idole, mon ami.»

A la fin des années 80, avec Frank Ténot et le fameux Norman Granz, grand imprésario et producteur américain, Jacques Muyal fondera Laser Swing Productions. Basée à Nyon, la société produira quelques-unes des plus mythiques vidéos de concerts jazz, dont plusieurs ont été tournées à Montreux. Dans la foulée, le trio mettra également sur pied un label discographique, Groovin’high, du nom d’un morceau de Gillespie.

Aujourd’hui, le septuagénaire poursuit ses activités de producteur à la tête de ces deux sociétés. Il se rend aussi toujours régulièrement à New York «pour écouter du vrai jazz, dit-il, car celui que l’on entend ici est souvent simplifié, maltraité. Cette musique mérite d’être respectée.»

INFO +

«Jazz: The only way of life» (CH) de Jacques Matthey, 2017, 75’. Di 23 avril, 19h, Théâtre de Marens, Nyon


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