01.02.2017, 00:01  

Les clubs profitent-ils d’un effet JO?

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Swiss Athletics n’a jamais dénombré autant de licenciés depuis 1991. Toutefois, certains spécialistes pondèrent ces chiffres.

 01.02.2017, 00:01   Les clubs profitent-ils d’un effet JO?

ATHLÉTISME - La Fédération suisse affiche cette année le plus grand nombre de licenciés depuis 1991. Faut-il imputer ce phénomène aux JO de Rio 2016?

joëlle golay

sports@lacote.ch

Parfois, les chiffres semblent parler d’eux-mêmes. Et parfois, il est nécessaire de les prendre avec des pincettes. En décembre, la Fédération suisse d’athlétisme communiquait que «pour la première fois depuis 25 ans, Swiss Athletics dénombre plus de 12000 licences». L’athlétisme helvétique paraît avoir le vent en...

joëlle golay

sports@lacote.ch

Parfois, les chiffres semblent parler d’eux-mêmes. Et parfois, il est nécessaire de les prendre avec des pincettes. En décembre, la Fédération suisse d’athlétisme communiquait que «pour la première fois depuis 25 ans, Swiss Athletics dénombre plus de 12000 licences». L’athlétisme helvétique paraît avoir le vent en poupe au sortir de cette année olympique. Sur le terrain, au sein des clubs, les avis divergent, certains chiffres gênent même. D’aucuns y verront de prime abord la preuve évidente que les Jeux auraient eu un effet sur la relève; d’autres, en revanche, mèneront la réflexion un peu plus loin.

L’UBS Kids Cup, les chiffres et le revers de la médaille

Du côté de Nyon (Jacques Binder), et de Lausanne (Pierre-André Bettex), les entraîneurs y vont de leur petit commentaire sur le sujet. Certes, le nombre global de licences a augmenté entre 2015 et 2016, mais pas de quoi affoler les compteurs non plus (1%). «A l’origine, notamment, de cet engouement, les licences Kids, qui ne touchent pas celles ayant trait aux M16, M18 ou M20», note, un peu réticent, Jacques Binder, entraîneur au COVA Nyon.

Il y a eu une légère hausse du nombre d’inscrits dans les catégories M10 à M14, 6352 licenciés pour la saison qui vient de prendre fin, contre 6235 l’année précédente; les chiffres des catégories M16 à senior sont même, pour leur part, en deçà de ceux de 2015. Voilà qui mérite d’être potassé.

Selon les deux experts, un précieux point doit être pris en considération: l’UBS Kids Cup, compétition réservée aux enfants, qui existe depuis 2011. «Le phénomène UBS apporte incontestablement un plus, mais n’a, à mon avis, pas grand-chose à voir avec le futur de l’athlétisme suisse, au niveau de ses licenciés. UBS travestit les chiffres sur le long terme», estime Jacques Binder. L’exemple le plus parlant reste celui de «ces jeunes qui vont faire trois ou quatre UBS Kids Cup, mais qui ne participeront pas à d’autres compétitions», exagère à peine l’entraîneur nyonnais, sur la même longueur d’onde que son collègue lausannois. Un espoir, toutefois: que ces petits champions ne s’arrêtent pas en chemin. L’essentiel n’est pas dans l’immédiat.

Jacques Binder nourrit encore un peu plus son analyse en s’appuyant sur la réalité des chiffres concernant son club, ces deux dernières années. «En 2015, il y a eu les championnats du Monde à Pékin et, au COVA Nyon, nous avons enregistré 30 nouveaux membres. En 2016, l’année de Rio, il y en a eu 28. Pour moi, les Jeux n’ont donc pas un impact réel.» La différence est loin d’être abyssale.

Bolt au club-house

A Lausanne, le bilan est identique: pas davantage d’inscrits en 2016. D’ailleurs, Pierre-André Bettex, inconditionnel amoureux de l’athlétisme, revit avec un brin de nostalgie les années passées. «Cette corrélation entre les Jeux et le nombre d’inscriptions était vraie avant. Moi, j’ai d’ailleurs commencé comme ça, sourit-il. Il y avait un réel engouement par rapport aux JO, à la rentrée, le 25août, surtout dans les années 2000, on comptait une ribambelle de gamins.» Et là, l’UBS Kids Cup n’existait pas.

En termes de motivation ressentie au sein des clubs, les choses ne diffèrent pas selon les grandes compétitions. «Les Jeux, c’est planétaire, hors-norme, confie Jacques Binder. L’envie devrait être plus présente. Mais si je dois être honnête, dans les années de grands championnats ou olympiques, je n’ai pas l’impression que les athlètes ont davantage le feu que le reste du temps.»

Pierre-André Bettex, lui, n’y voit pas seulement un problème d’engouement intrinsèque aux athlètes, mais bien une réelle influence médiatique. Il ajoute, sans prendre de pincettes, qu’à ses yeux, «les médias, aujourd’hui, passionnent moins». Un phénomène qui se ressent aussi dans les moments de vie propre à chaque club. «La dernière fois qu’on s’est rassemblés dans le club-house du Lausanne-Sports pour regarder un championnat, c’était lors des 19’’19 de Bolt en 2009, aux championnats du mondede Berlin. Auparavant, l’engouement était plus présent, ce n’est plus pareil maintenant», relève l’entraîneur lausannois, un tantinet amer.

«quand je regarde les jeux, je veux y aller!»

Jacques Binder et Pierre-André Bettex n’ont pas été les seuls à être appelés à juger du cas. Qui d’autre de mieux placés, si ce ne sont les athlètes eux-mêmes, pour y voir plus clair? Deux jeunes Vaudoises exposent aussi leur vision des choses. Et là, enfin, un rayon de soleil dans un ciel mitigé. Sophie Martin (Lausanne-Sports), 16 ans et espoir du sprint suisse féminin, avoue qu’avant, elle regardait «les JO vite fait». «Mais j’ai beaucoup regardé les Jeux de Rio, un événement exemplaire pour moi; cela me permet de continuer à être motivée et d’avoir un but», avoue la jeune athlète. Et Sophie Martin n’est pas la seule. Sa camarade heptathlète nyonnaise, Mathilde Rey, ne lésine pas non plus sur le côté alléchant et motivateur des Jeux olympiques: «C’est un des gros rêves à atteindre. Le summum. Quand je regarde les JO, j’ai envie d’y aller. C’est ma plus grande motivation. Je me dis souvent que dans le monde il y a une autre fille qui est déterminée à y aller et que cette fille, j’aimerais bien que ce soit moi.» D’âges et d’ambitions identiques, ces jeunes athlètes pérennisent le caractère magique des JO. Les sambas locales vont résonner encore longtemps. JGO


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