27.01.2017, 00:01  

Un cœur tendre et une volonté de fer

chargement
Lea Sprunger sur le tartan de Colovray, celui de ses débuts.

LEA SPRUNGER - Ambitieuse, volontaire et généreuse, la Ginginoise, médaillée aux championnats d’Europe en 2016, sait ce qu’elle se veut.

florian sägesser

florian.saegesser@lacote.ch

Sur la table, les tasses de thé vert fument. Dehors, le froid de ce début de janvier pique. Dans deux jours, Lea Sprunger retrouvera le chaud de l’Afrique du Sud, pour trois semaines. Potchefstroom, un nouveau camp d’entraînement, une habitude désormais. La Ginginoise prépare activement sa saison 2017. Sa troisième sur 400 m haies. «Cette année, je ne me dis pas que c’est acquis», glisse, entre deux gorgées, la médaillée de bronze des derniers championnats d’Europe. Rires et gestes à l’appui: «La perf’, il faut l’arroser.»

Comme le prône Voltaire dans «Candide», l’athlète cultive son jardin. Pour atteindre résultats et bonheur, le travail ne l’effraie pas, elle prend son destin en main. «Tant dans le sport que dans sa vie privée, Lea est ambitieuse et volontaire», confie sa petite sœur, Nadia. La tête solidement vissée sur les épaules, fort caractère, la jeune femme de bientôt 27 ans réduit la part du hasard à sa plus simple expression. «Elle sait ce qu’elle se veut et met tout en œuvre pour réussir. Quand elle opère un choix, elle fait tout pour que celui-ci soit le bon, afin de montrer qu’elle a pris la bonne décision. A chaque fois qu’elle a changé de discipline, elle a brillé, je l’admire», dit Marisa Lavanchy, ex-membre du relais 4x100, qui l’a côtoyée dès leurs jeunes années au COVA Nyon.

«Quand je fais un choix, je suis sûre à 100%. Je ne sais pas d’où vient cette force de conviction, répond la principale intéressée. Ellen (ndlr: sa grande sœur) est moins sûre que moi, alors que nous avons la même éducation. Ça vient, je crois, de mes sensations, et de mon entraîneur: de la confiance et cette relation très forte que nous avons bâtie.» Laurent Meuwly est indissociable du succès de sa protégée. Heptathlon, 200 m, relais, 400 m haies: «Les changements se sont esquissés au fil des discussions. Le 200 fut dicté par la nécessité de quitter l’heptathlon pour aller aux Jeux de Londres. Je savais que ce n’était qu’une étape. Pour le 400 haies, ce fut plus doux, plus réfléchi.» Quelle que soit la discipline, la même implication, la même exigence. «Lea est très consciencieuse, investie et elle fait ce qu’elle aime avec acharnement mais aussi passion et plaisir», partage son coach, Laurent Meuwly.

La confiance et le doute

La longiligne jeune femme enjambe les obstacles, et apprend. Découverte constante. «Après dix ans de compétitions internationales, je suis toujours confrontée à de nouvelles situations; je peux m’améliorer», raconte-t-elle. En 2016, joie européenne, larmes olympiques, émotions intenses, montagnes russes. «L’enseignement que je retire, c’est que tu es très vite rien, tu es très vite en bas. Rio fut le plus gros échec.» Après de multiples records, son séjour brésilien, ses deuxièmes JO l’ont ébranlée.

Lea Sprunger cogite, pour progresser, en gardant la tête haute. «La manière dont elle réagit m’impressionne, elle regarde déjà de l’avant», lâchait sa grande sœur, Ellen, dans les coursives du Stade olympique, deux jours après la déconfiture. Lea, elle, était de retour à l’entraînement. Digérer et remettre l’ouvrage sur le métier – sécher sa déception par le travail. «Dans certaines situations, je sais ce que je veux, je suis en confiance. Mais celle-ci me manque lors des moments importants, le jour-J. J’ai encore trop de respect, il me manque cet instinct de tueuse.»

La figure médiatique

Cinq mois après la désillusion, devant cette tasse de thé vert, Lea Sprunger en parle sans se cacher. «Pour comprendre ce qu’on vit, il faut y avoir été confronté: tu bosses énormément pour être tout en haut et là, tu réalises qu’il te manque encore quelque chose pour y rester. Il faut travailler deux fois plus.» Soit, arroser la performance.

Dans ses yeux de sportive, un horizon à quatre ans. «J’espère qu’à Tokyo, je ne ferais rien de faux.» Le Japon doit être ses troisièmes JO. Ses derniers. Un wagon d’espoirs et une crainte: «Sur 400 haies, je doute toujours. Ma plus grande peur, c’est de ne pas montrer mon plein potentiel.»

Avec les années, la Ginginoise, devenue un personnage public, a appris à répondre aux médias. Sans servir de discours prémâché. «Il faut rester sincère et authentique, je n’aime pas qu’on me dicte quoi dire, ni comment me comporter. Je prends des risques, comme avoir annoncé clairement mes objectifs, en début de saison dernière, et j’assume.» Quant aux sponsors: «Financièrement, ma bonne année 2016 n’a rien changé. Les soutiens ne se sont pas accentués, c’est un peu frustrant. En même temps, davantage de sponsors signifie davantage de prestations en contrepartie.»

L’importance de la famille

Lea Sprunger continue de mener sa barque à sa guise, entre ses entraînements et son emploi à 30% au sein duquel elle organise «La Run», course populaire du mois de septembre. «Je ne suis pas à plaindre.» Elle l’affirme avec son grand et chaleureux sourire, qui rayonne sur le tartan et en dehors. «Sur la piste ou à l’entraînement, Lea peut paraître parfois fermée, dans sa bulle. Elle est concentrée et il ne faut pas empiéter sur ses plates-bandes, mais c’est une personne très ouverte, très calme, à l’écoute. Elle m’a beaucoup aidée», partage son ancienne camarade d’entraînement, Joëlle Golay.

«Lea est quelqu’un de très généreux, en tant que sœur», ajoute Nadia, sa cadette. Chez les Sprunger, le cercle familial est très fort. «J’ai beaucoup de chance, reconnaît Lea. Mes parents sont là depuis le début et avec Ellen nous avons vécu tellement de compétitions ensemble, il y a toujours eu quelqu’un de la famille sur les événements.» Bastion contre la morosité. «Lors des coups de mou, je sais qu’ils sont là. Entre nous, nous ne parlons pas d’athlétisme. A Amsterdam, lorsque j’ai décroché ma médaille de bronze aux championnats d’Europe, je ne rêvais que de finir mon tour d’honneur pour les prendre dans mes bras.»

INFO +

Comment voter pour votre favori?

Par sms: envoyez LC PERSONNALITE+code au 363 (Lea Sprunger: LC PERSONNALITE 05)

Par courrier: «La Côte», Personnalité 2016, route de saint-Cergue 293, CP 1256,

1269 Nyon 1.

Par Internet: http://personnalite.lacote.ch


  Vous devez être identifié pour consulter cet article

Top