06.02.2013, 00:01  

Des élus donnent de la voix pour l'aide à la presse

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Pour Géraldine Savary, La Poste pourrait renoncer, en signe de solidarité avec les journaux, à augmenter ses tarifs dès 2014. 
KEYSTONE
Par BERNE BERTRAND FISCHER

MEDIAS - La fermeture annoncée d'une rotative à Fribourg inquiète à Berne.

Entre le monde politique et les médias, les relations sont complexes, souvent déclinées sur l'air du "je t'aime, moi non plus". Mais lorsque les éditeurs crient misère, la sauvegarde de la diversité de la presse d'opinion passe avant le reste. Alors que le groupe Saint-Paul, à Fribourg, annonçait mercredi dernier la fermeture de sa rotative pour la fin 2014, des élus demandaient au Conseil fédéral de renoncer à sa volonté de supprimer les subventions pour l'acheminement des journaux.

"Pas d'abandon de l'aide indirecte à la presse sans une alternative crédible", plaide ainsi la conseillère nationale Christine Bulliard-Marbach (PDC, FR) dans une motion qui sera déposée en mars devant le Parlement. "Je l'ai rédigée avant qu'on ait connaissance des événements à Fribourg, qui donnent d'autant plus de sens à ma proposition." La Singinoise demande au gouvernement de renoncer à priver la presse des précieux millions accordés chaque année pour la distribution de journaux régionaux et de périodiques.

Cette menace est contenue dans l'une des mesures du programme de consolidation et de réexamen des tâches pour 2014, présenté en septembre par le Département fédéral des finances (DFF). Celui-ci invoque "l'utilité contestée" de la subvention et "l'importante charge administrative nécessaire pour désigner les titres dignes d'être encouragés". Résultat: 50 millions de francs par an devraient filer sous le nez des éditeurs à partir de 2015.

"On le voit à Fribourg: les éditeurs sont sous pression." Selon Christine Bulliard-Marbach, le moment est mal choisi pour leur couper les vivres. "Le Conseil fédéral ne doit pas ajouter de l'incertitude à la crise traversée par la presse écrite. Il faut développer une alternative crédible à cette aide avant de l'abandonner", exige la motion.

La démocrate-chrétienne cite le modèle autrichien, réformé en 2004. L'aide à chaque journal a certes été revue à la baisse, mais un geste supplémentaire est consenti pour les titres qui ne sont pas leaders dans leur segment. "Il faudrait aussi soutenir l'innovation et la formation des journalistes. Il ne faut pas dépenser plus! Mon propos est de soutenir la diversité de la presse pour en accroître sa qualité", résume Christine Bulliard-Marbach.

Tarifs postaux en hausse

Un malheur n'arrivant jamais seul, une seconde menace plane sur la presse écrite. En septembre, La Poste annonçait une augmentation du tarif pour la distribution de journaux et magazines, de deux centimes par exemplaire chaque année entre 2013 et 2015. En novembre, elle a accepté de retarder d'une année cette majoration temporaire (de 2014 à 2016), qui devrait lui permettre de réduire de moitié son déficit lié à l'acheminement des journaux, de 101 millions à 50 millions de francs par an.

"Nous avons été sensibles aux difficultés rencontrées par les éditeurs", explique Mariano Masserini, porte-parole de La Poste. Le géant jaune estime avoir déjà perdu plusieurs centaines de millions de francs dans ce domaine. "Nous ne pouvons pas travailler indéfiniment à perte. Ce n'est pas à La Poste de couvrir les déficits des journaux", fait remarquer Mariano Masserini.

Une commission du Conseil des Etats a abordé le sujet la semaine passée. Bulloise d'origine, fille d'un ancien typographe de "La Gruyère", Géraldine Savary (PS, VD) est aussi marquée par les difficultés de la presse fribourgeoise. "La suppression de l'aide de la Confédération sera combattue. Il faut aussi que La Poste renonce à augmenter ses tarifs dès 2014."

Plutôt que les 50 millions de l'Etat ou l'aide de La Poste, le conseiller national Hans-Jürg Fehr, ancien président du PS, envisage une autre formule: l'aide directe à la presse. "Pour obtenir des subventions, les radios et TV privées doivent actuellement assurer des prestations de service public. On pourrait adapter ce modèle pour la presse écrite", estime le Schaffhousois. Problème de taille: soucieux de leur indépendance, les éditeurs voient d'un mauvais oeil ce projet d'aide directe.


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