«J’aborde ma musique comme un mouvement»

Rencontré quelques heures avant son concert au Caribana Festival, l’ex-Fugee Wyclef Jean s’est confié sur son nouvel album, sa carrière de rappeur et ses engagements politiques.
11 juin 2017, 15:46
/ Màj. le 11 juin 2017 à 15:49
Wyclef Jean a révolutionné le hip-hop au sein des Fugees, trio mythique des années 90

Réfugié dans les quartiers populaires de Brooklyn pour fuir la pauvreté d’Haïti à l’âge de 9 ans, Wyclef Jean a révolutionné le hip-hop au sein des Fugees, trio mythique des années 90, auteurs des tubes «Ready Or Not» et «Killing Me Softly». Suite à la séparation rapide du groupe, le rappeur débuta une carrière solo en 1997 avec l’album «Carnival». Alors qu’il s’apprête à publier le troisième volet de ce projet, «Carnival III», le 23 juin prochain, l’homme de 47 ans a livré un show mémorable au Caribana Festival samedi soir. Une heure avant son concert, rencontre détendue avec un artiste aussi calme que bavard.

Au début d’année, vous avez publié un EP, «J’Ouvert», annonçant la sortie imminente d’un nouvel album après sept ans d’absence. Comment se passe ce retour?
J’avais besoin de ces années de pause. Elles m’ont rendu plus fort. La musique est pour moi un besoin aussi primaire que celui de boire de l’eau. Je n’ai jamais cessé d’en faire. Certains artistes ont peur de prendre trop de temps, ou de faire un come back raté qui entacherait leur carrière. Moi, j’ai toujours abordé ma musique comme un mouvement. Lorsque j’ai fondé les Fugees, c’était pour clamer les droits des réfugiés aux Etats-Unis. Je me suis toujours senti militant. Si l’on a quelque chose à dire, alors la musique viendra.

Pourquoi revenir avec la troisième partie de l’album «Carnival» qui a marqué le début de votre carrière solo?
Je n’appelle seulement mes albums «Carnival» que lorsqu’ils sonnent comme tel et que la musique est éclectique. C’est un mélange de styles, de couleurs et de cultures.

Dans votre dernier single, «The Ring», vous dites qu’un nouvel album nécessite de tout recommencer à zéro.
Quand j’étudiais le jazz, la première leçon que j’avais apprise était que chaque jour en était un nouveau. Ce n’est pas parce qu’on croit connaître la musique, une chanson ou une partition, que tout va être facile. J’ai notamment appris ça de Quincy Jones, l’un de mes mentors. Il me disait: «ce que tu as fais hier n’est pas important, ce qui compte c’est ce que tu feras demain.»

Pourtant, vous avez marqué l’histoire du hip-hop avec les Fugees…
Je suis fier de ce que l’on a réussi à faire. Quand je regarde en arrière, je me dis que tout cela a été bien plus important que la musique en elle même. Nous avons fait entendre la voix des réfugiés afro-américains. Aujourd’hui, quand je chante «If I Was President», les jeunes la lisent avec un autre regard, celui de leur époque. C’est à eux que j’essaye de m’adresser désormais.

Aujourd’hui, quelle est l’importance d’être engagé?
La politique reste la politique. Elle est certes un moyen d’améliorer les choses, mais si l’on reste les bras croisés, rien ne changera. Socialement, je pense que l’on devrait tous être engagés. En tant qu’êtres humains, nous avons des causes communes. Il nous faut juste arriver à un dialogue de vérité. Maintenant, les clés sont dans les mains d’une nouvelle génération…

Et dans celles de Donald Trump…
Je pense que les gens devraient garder en mémoire, qu’à chaque fois qu’un dictateur a été en place, il a séduit le peuple par des choses très simples. Quand il y a des leaders, il y a toujours un intérêt de pouvoir. Et les innocents sont toujours ceux qui souffrent. Concernant le président Donald Trump, j’ai l’impression de me retrouver dans une émission de télé réalité. J’ai peur que cela provoque un effet domino dans le monde et que les Etats Unis donnent le mauvais exemple…

 

par Alexandre Caporal