Jean Ziegler: «Il n'y a pas de fatalité à la faim dans le monde»

Dans son dernier livre «Destruction massive», Jean Ziegler s'attaque au scandale de la faim sur Terre.
03 août 2015, 19:19
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
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Alerte septuagénaire, Jean Ziegler, sociologue genevois et actuel vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, n’a rien perdu de sa verve; un style décapant au service de l’indignation. Dans son dernier ouvrage, «Destruction massive», il s’attaque au scandale de la faim dans le monde et de ses mécanismes géopolitiques. Une hérésie que Jean Ziegler dénonce avec toute son énergie. Extraits de son interview publiée dans «La Côte».


D’après les chiffres que vous présentez, près d’un milliard de personnes sont victimes de la faim sur terre, pour une population totale d’environ 7 milliards.
Oui, c’est une catastrophe. Mais il n’y a pas de fatalité à cela. Il s’agit de décisions à prendre pour changer la donne.


Il y a pourtant des politiques d’aide mises en place. Cependant, vous dites du Front monétaire international (FMI) que sa seule mission est d’aider les pays pauvres à rembourser leur dette aux pays riches.
Exactement! En imposant aux pays pauvres des plans de redressements terribles, anéantissant les aides sociales, ou les aides au développement, et ce contre un moratoire temporaire ou un refinancement de la dette, le FMI contribue à l’incapacité des peuples à devenir autonomes.


Vous dites, donc, que, concrètement, les pays riches ont trouvé une clientèle dans les pays pauvres…
Oui, le but du FMI, c’est d’ouvrir les pays du tiers-monde aux sociétés transcontinentales. L’OMC fait la même chose. Un des mécanismes meurtriers, c’est donc effectivement le dumping agricole. Ainsi, les pays industrialisés membres de l’OCDE ont payé à leurs paysans 359 milliards de subsides à la production et l’exportation. Si bien que, sur n’importe quel marché africain, vous pouvez acheter des poulets, des légumes et d’autres aliments produits en France, aux Etats-Unis, et ce pour des prix bien inférieurs à ce que peuvent proposer les paysans locaux. Qui sont amenés à abandonner leur métier ou, quand ils le poursuivent, se crèvent au travail sans arriver à s’assurer un minimum vital.