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 28.06.2017, 00:01  

Le grand conflit de la Diamond

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En juin1949, les ouvrières et ouvriers de la fabrique d’allumettes Diamond manifestent dans les rues de Nyon.

 28.06.2017, 00:01   Le grand conflit de la Diamond

GRÈVE - En 1949, Nyon découvre la fibre syndicaliste de ses ouvriers. Un feu jailli d’une boîte d’allumettes. Il dure quatre mois.

Grève En 1949, Nyon découvre la fibre syndicaliste de ses ouvriers. Un feu jailli d’une boîte d’allumettes. Il dure quatre mois.

florian sägesser

florian.saegesser@lacote.ch

Première municipalité communiste de Suisse, «Nyon-la-Rouge» vient de passer la barre des six mille habitants, parmi lesquels un bon millier d’ouvriers de la commune sont syndiqués. Ceux-ci, au sortir de la guerre, n’hésitent pas à monter au front...

Grève En 1949, Nyon découvre la fibre syndicaliste de ses ouvriers. Un feu jailli d’une boîte d’allumettes. Il dure quatre mois.

florian sägesser

florian.saegesser@lacote.ch

Première municipalité communiste de Suisse, «Nyon-la-Rouge» vient de passer la barre des six mille habitants, parmi lesquels un bon millier d’ouvriers de la commune sont syndiqués. Ceux-ci, au sortir de la guerre, n’hésitent pas à monter au front pour faire entendre leur voix et valoir leurs droits.

Tel un orage, une vague de revendications gronde à la fabrique d’allumettes Diamond, sise sur la parcelle dite «Le Martinet», à proximité de la gare. La firme, en mains suédoises, emploie 110 ouvriers, dont 70 femmes, et, pourtant, s’avère être l’une des entreprises de la ville qui paient le mieux ses salariés: les hommes touchent 2,05 francs par heure; les femmes 1,14 franc.

Sauf que la convention collective signée en 1946 ne convient plus deux ans plus tard. Les employés demandent une augmentation salariale de dix centimes par heure, une amélioration du régime des vacances et le payement des jours fériés. La Diamond met les pieds contre le mur et s’entête; la Migros importe ses allumettes de Pologne, moins chères; les commandes baissent et la direction de la firme suédoise refuse les revendications de son personnel.

«Si la grève devait durer…»

Le 30 mai, les employés votent la grève. Le «Journal de Nyon» relate l’action dans son édition du 1er juin 1949: «La Diamond est obligée de déployer une grande prudence, la concurrence suisse et étrangère jouant à nouveau un rôle considérable.» Cependant la presse précise: «Le calme règne.»

Piquets de grève, surveillance de l’usine et de la gare, pour éviter l’évacuation de marchandise: le bras de fer s’engage instantanément. «Le dicastère de la police se voit débordé par la surveillance accrue qu’il doit exercer sur la demande de la Diamond», souligne le Conseil communal.

Interpellée, le 15 juin, la Ville répond, par l’entremise de son syndic: «Si la grève devait durer quelques mois, la Municipalité prendra les mesures voulues, et, si nécessaires, fera des propositions au Conseil communal.» La classe politique ne s’y trompe pas: l’affaire revêt un caractère exceptionnel. «C’est la première fois qu’un conflit de cette envergure a lieu à Nyon, et rien ne laisse supposer qu’il diminue en intensité. Au contraire, tout laisse prévoir qu’il s’aggravera», écrit le journal local dans son numéro du 13 juillet.

«L’étranger venu faire la loi»

Une permanence prend place quotidiennement au Café de la Banque, stamm des syndiqués, avec conférences de presse et meetings d’informations. Toutefois, le caractère exceptionnel du conflit peine à se traduire dans la presse, qui n’accorde, souvent, que quelques lignes au feuilleton, et préfère mentionner l’amélioration de l’état de santé de Staline plutôt que relater le grand rassemblement du 17 juin dans les rues nyonnaises (un millier de personnes applaudissent les manifestants).

Dans la région, un élan de solidarité se déclenche face à «l’étranger venu faire la loi chez nous». Certains propriétaires baissent les loyers des grévistes; la Municipalité offre des bons de marchandises dans la caisse de la grève; les employés reçoivent 2 francs par jour. Pendant ce temps, le Conseil d’Etat pilote une tentative de résolution, en chargeant l’Office cantonal de conciliation et d’arbitrage d’intervenir pour régler le duel. Début septembre, une porte de sortie s’ouvre alors que la grève, qualifiée de «malheureuse», entre dans son centième jour. Un accord est entériné le 22 septembre; les employés décrochent les avantages réclamés et la garantie que la firme reprenne tous les grévistes.

Le vendredi 23 septembre, après que les piquets de grève sont supprimés, l’usine recrache un panache de fumée; le travail reprend. «Ainsi prend fin d’une façon heureuse le plus grand conflit ouvrier que l’on a vu à Nyon», mentionne la presse. Dans son rapport annuel, la société Diamond note que «bien que notre personnel ait été en grève pendant quatre mois, l’exercice 49 peut être considéré comme satisfaisant du point de vue de la marche des affaires.»

Cela n’empêchera pas une vague de licenciements l’année suivante, puis la fin de l’activité de la firme en 1982. Le tout dernier vestige de la fabrique (sa cheminée) s’écroulera le 28 juin 1985, à 16h20…


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