L'Autriche profite de la décision du Luxembourg pour dire son attachement au secret bancaire

L'isolement de l'Autriche au sein de l'Union européenne s'est accentué avec l'annonce du Luxembourg de faire montre de transparence. Vienne est attaché à son secret bancaire.
07 août 2015, 11:14
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Une bataille autour du livret d'épargne de grand-maman. C'est ainsi que les politiques autrichiens présentent le débat sur la levée du secret bancaire pour les comptes étrangers.

Une bataille autour du livret d'épargne de grand-maman. C'est ainsi que les politiques autrichiens présentent le débat sur la levée du secret bancaire pour les comptes étrangers, relancé mercredi par la décision en ce sens du Luxembourg, qui a accentué l'isolement de Vienne au sein de l'Union européenne.

Le gouvernement a toutefois réaffirmé vendredi son attachement à ce secret bancaire inscrit dans la Constitution, qui s'explique en partie par la méfiance de l'opinion à l'égard des autorités, par des racines catholiques profondes et une certaine habitude du marché noir.

"Comme beaucoup d'autres clients, je demande deux choses aux banques: fiabilité et discrétion. L'argent que je mets de côté et les personnes avec lesquelles je fais des affaires ne regardent que moi", résume un lecteur dans les colonnes de "Krone", tabloïd le plus vendu d'Autriche.

Le secret bancaire est vieux de plusieurs siècles, aiment rappeler les responsables politiques. Pour Werner Doralt, professeur d'économie à Vienne, il s'est ancré dans la culture autrichienne avec le développement du marché noir, après-guerre, lorsque que le pays était exsangue.

"Il y avait beaucoup d'argent sale que les gens ne voulaient pas mettre à la banque parce qu'ils avaient peur. Alors, en Autriche, on s'est dit qu'il valait mieux avoir de l'argent sale à la banque que sous le matelas, puisqu'il est en circulation et peut rapporter.

"Pour que les gens se sentent en sécurité, les comptes anonymes ont été autorisés. Voilà la véritable histoire. Notre secret bancaire était plus fort que celui de la Suisse", explique-t-il.

Bas de laine

Ces comptes anonymes accessibles à l'aide d'un livret et d'un code secret ont été interdits sous la pression internationale il y a une dizaine d'années, ce qui a donné lieu à un tollé sans toutefois entraîner de fuite des capitaux à grande échelle.

Le secret bancaire a subi un nouveau coup lorsque Vienne a autorisé l'inspection des comptes en cas de soupçons d'évasion fiscale. Alimenté par la crainte du percepteur et le travail au noir, il reste toutefois profondément enraciné dans la culture locale.

A l'approche des élections prévues d'ici à la fin septembre "personne ne veut être le premier à dire que ce n'est plus acceptable. On sait que beaucoup d'Autrichiens - donc d'électeurs - le font", souligne le politologue Peter Filzmaier.

"La peur de la jalousie et celle des autorités pourraient être des explications particulièrement pertinentes du point de vue psychologique. On craint qu'une levée du secret bancaire ne vous rende transparent, ne vous mette totalement à la merci de l'Etat et des autres organes du pouvoir. Jutifiée ou pas, cette peur existe sans aucun doute", avance quant à lui Eric Kirchler, professeur de psychologie des finances à l'université de Vienne.

Culture protestante ou calviniste

Les racines religieuses de l'Autriche sont également à prendre à compte, poursuit-il. "Pour les catholiques, l'argent et la richesse ne sont pas forcément des dons de Dieu. Au contraire, le pauvre ira plus facilement au paradis."

"Dans la culture protestante ou calviniste, la fortune est considérée comme le fruit de vertus positives telles que travailler dur et mettre de côté", ajoute le professeur.

Selon Peter Pilz, député du parti écologiste qui siège dans l'opposition, la mafia italienne, en particulier la 'Ndrangheta calabraise, a blanchi deux milliards d'euros en Autriche.

"Maintenant, c'est surtout de l'argent russe. Beaucoup de banques doivent redouter que les Russes ne prennent leurs millions pour s'enfuir en Asie", dit-il.