Le ralentissement touche désormais la Suisse

L'économie suisse a nettement ralenti au 2e trimestre 2012.
06 août 2015, 10:58
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
A customer at a bank machine of Hellenic Post Bank in Athens, Monday, June 30, 2012.  Bank workers on Monday held a 24-hour strike to protest cuts under Greece austerity program. (AP Photo/Thanassis Stavrakis)

Après une progression de 0,5% (chiffre révisé de 0,7%) au cours des trois premiers mois de l'année, le PIB s'est contracté de 0,1% d'avril à juin. Les analystes pensent que la Suisse pourrait tomber dans une récession technique.

Le ralentissement de la conjoncture en Europe et dans certains pays asiatiques a touché la Suisse, a indiqué mardi à l'ats Bruno Parnisari, chef du secteur conjoncture du Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO). "Pays tourné vers l'exportation, la Suisse ne peut pas rester une oasis de croissance quand ses voisins subissent un ralentissement conjoncturel", a-t-il ajouté.

Yves Hollenstein, analyste à la VP Bank va dans le même sens: "Le plus grand danger est toujours la zone euro. Un nouveau ralentissement conjoncturel, en particulier en Allemagne, devrait à nouveau affaiblir l'économie suisse".

En glissement annuel, le PIB a augmenté de 0,5% au 2e trimestre. Ces chiffres sont nettement en dessous des prévisions des analystes qui s'attendaient à une croissance de 0,1 à 0,3% d'un trimestre à l'autre et jusqu'à 1,7% en glissement annuel.

Exportations à la peine

La révision des comptes nationaux de la Suisse durant l'été 2012, qui a fait notamment diminuer la croissance de 2011 de 2,1% à 1,9%, n'y est pas complètement étrangère. L'intégration de nouveaux indicateurs et de nouvelles statistiques expliquent pourquoi on obtient désormais un recul (-0,2%) au 3e trimestre 2011.

Les exportations de services (-0,9%) et de marchandises sans objets de valeur (-0,7%) ont contribué négativement à la croissance du produit intérieur brut (PIB) au 2e trimestre. Les importations de marchandises sans objets de valeur ont diminué de 0,5%. Ce recul est principalement imputable aux importations de véhicules. Les importations de services ont augmenté de 1,8%.

La consommation s'essouffle

Les dépenses de consommation des ménages (+0,3%) et du secteur public (+1%) ont donné des impulsions favorables, selon le communiqué du SECO. Les dépenses pour le logement, l'eau, l'électricité, le gaz et les autres combustibles et pour la santé et pour les transports ont largement contribué à cette croissance.

Selon Yves Hollenstein, la croissance de la consommation privée donne toutefois des signes d'essoufflement. L'insécurité croissante en matière d'emploi a déjà laissé des traces sur la confiance des consommateurs.

Du côté de la production, la valeur ajoutée dans l'industrie (-1,1%) et dans le commerce (-0,7%), ainsi que celle liée aux activités financières (-0,8%), ont diminué. La valeur ajoutée dans le bâtiment et le génie civil (+0,5%), celle liées aux activités immobilières, scientifiques et techniques (+0,5%), la valeur ajoutée dans le secteur public (+0,7%) et dans le domaine du social et de la santé (+0,2%) ont connu une évolution positive.

La formation brute de capital fixe a stagné au 2e trimestre 2012. En raison de la période glaciale de février, les investissements dans la construction ont connu un recul au 1er trimestre lié aux conditions météorologiques, qui a été en partie compensé au cours du 2e trimestre. Les investissements dans la construction ont grimpé de 1,0% par rapport au 1er trimestre, alors que ceux en biens d'équipement ont baissé de 0,9%.

Récession technique attendue

Compte tenu de l'absence de signaux clairs de retournement de la part des indicateurs à court terme, la croissance de 1,4% prévue pour 2012 pourrait être revue, observe M. Parnisari. Pour l'instant, la hausse sur le premier semestre s'élève à +0,9%.

David Marmet, analyste à la Banque cantonale de Zurich, est moins optimiste. Au 3e trimestre 2012, un nouveau recul du PIB est possible et la Suisse pourrait tomber dans une récession technique, a-t-il indiqué à l'ats.

L'institut BAKBASEL va dans le même sens. Avec la révision des derniers trimestres, la base de départ pour la croissance de l'économie suisse en 2012 s'est sensiblement péjorée. A quoi s'ajoutent des perspectives mondiales troubles pour la seconde moitié de l'année. Les prévisions pour 2012 devraient être nettement plus mauvaises, que ce qui est attendu jusqu'à présent, ajoute l'institut bâlois.

Janwillem Acket, chef économiste à la Banque Julius Baer, a également révisé ses prévisions de croissance à la baisse pour 2012 de 1,6 à 1%. Selon lui, l'économie intérieure est encore intacte mais la Suisse est au bord de la récession.