Merck Serono: le personnel adopte propositions et préavis de grève

Le personnel de Merck Serono a adopté lundi une série de propositions alternatives à la fermeture du site de Genève. Il a aussi adressé à la direction un préavis de grève pour le mardi 12 juin dans le cas où elle refuserait d'entrer en matière.
06 août 2015, 09:55
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Le personnel de Merck Serono a adopté lundi une série de propositions alternatives à la fermeture du site de Genève. Il a aussi adressé à la direction un préavis de grève pour le mardi 12 juin dans le cas où elle refuserait d'entrer en matière.

Le personnel de Merck Serono a adopté lundi une série de propositions alternatives à la fermeture du site de Genève. Il a aussi adressé à la direction un préavis de grève pour le mardi 12 juin dans le cas où elle refuserait d'entrer en matière.

Les 630 employés présents dans la halle de Sécheron ont voté le préavis de grève à la quasi-unanimité. Il ne sera levé que si les réponses apportées par la direction aux revendications du personnel sont satisfaisantes.

Le syndicat Unia et les délégués du personnel rencontreront jeudi la direction sur la base du dossier des propositions transmises lundi. Dans une semaine, une nouvelle assemblée du personnel décidera de maintenir ou non la grève d'un jour.

A quelques rares oppositions et abstentions près, le personnel a avalisé lundi trois scénarios alternatifs à la fermeture du site annoncée par Merck Serono le 24 avril. Le but est de maintenir au moins une partie des 1250 emplois (1500 avec les sous-traitants) que la direction du groupe pharmaceutique allemand veut supprimer à Genève.

Phase décisive

"On entre dans une phase décisive. Il faudra lutter si l'on veut que la négociation ait une chance", a déclaré, au terme du délai de consultation, le secrétaire régional d'Unia Alessandro Pelizzari, lors de cette septième assemblée du personnel en six semaines.

Selon le premier scénario, le personnel a proposé à la direction le maintien d'environ mille postes à Genève avec des gains d'efficacité de 25 à 30% sur deux ans et une réduction des salaires. Un scénario considéré comme viable, mais peu probable, la direction de Darmstadt ayant réaffirmé la semaine dernière sa volonté de rapatrier en Allemagne toutes les fonctions centrales du groupe en Europe.

Le deuxième scénario prévoit qu'environ 310 postes soient maintenus à Genève au sein d'un Centre suisse d'expertise biotechnologique qui reprendrait uniquement les secteurs-clefs de la recherche liés à l'ex-Serono, comme la fertilité, l'endocrinologie, les nouvelles thérapies et les maladies neurodégénératives.

L'oncologie et les fonctions d'encadrement (logistique, informatique, supervision) seraient transférées à Darmstadt, comme le veut la direction. Le Centre s'installerait dans un immeuble moins coûteux et travaillerait en étroite coopération avec les employés du canton de Vaud (soit au total 462 emplois maintenus en Suisse). Le personnel a accepté une réduction de 10 à 20% des salaires et des bonus.

Le troisième scénario proposé prévoit que le site de Genève soit fermé et qu'une cellule biotech soit créée en dehors de Merck Serono. Ce "Geneva biotech Cluster" travaillerait avec les hôpitaux universitaires, les associations biotech lémaniques et Merck comme sous-traitant.

Silence du monde politique

Dans ce cadre, le personnel demande notamment à la direction d'augmenter le fonds d'innovation promis le 24 avril de 30 millions à 100 millions de francs et de céder des brevets et des infrastructures. Enfin, le personnel a voté une série d'améliorations au plan social, comme le triplement des indemnités de départ et l'application de ce plan aussi aux temporaires et sous-traitants.

La pétition exigeant le maintien des emplois à Genève a obtenu un franc succès, avec 12'000 signatures recueillies, a indiqué M. Pelizzari. Il a par contre dénoncé "le silence du monde politique". Pour maintenir la pression, un débrayage d'une heure est prévu mardi après-midi et une manifestation samedi à partir du siège de Merck Serono à Genève.

Unia a souligné que la mobilisation doit se poursuivre, car "les signes ne sont pas bons" du côté de la direction. Alessandro Pelizzari a révélé que la "task force" à laquelle le chef du Département fédéral de l'économie (DFE) Johann Schneider-Ammann a donné son feu vert n'a pas pu se réunir jusqu'ici "car une partie a refusé" - selon de bonnes sources, la direction de Merck Serono.

La "task force" devait regrouper le DFE, les autorités genevoises, le syndicat et les délégués du personnel, des représentants des hôpitaux ainsi que la direction du groupe allemand. Du côté des autorités genevoises, les propositions ne dépassent pas le stade d'un soutien aux "start-ups", a regretté Alessandro Pelizzari.