Rachat Heinz: les Etats-Unis font geler un compte de courtage à Zurich

La Commission des opérations de Bourse (SEC), le gendarme boursier américain, a annoncé avoir obtenu de la justice le gel des actifs d'un compte de courtage basé en Suisse. Celui-ci est soupçonné d'avoir été utilisé dans le cadre de délits d'initiés autour du rachat du géant du ketchup Heinz.
07 août 2015, 11:00
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Le groupe Heinz produit du ketchup et des sauces, des snacks, des conserves et des aliments pour bébés.

La SEC "a obtenu un ordre de justice pour geler les actifs d'un compte de courtage basé à Zurich, qui a été utilisé pour récolter plus de 1,7 million de dollars (1,56 million de francs) avec des opérations réalisées avant l'annonce publique jeudi de l'acquisition de Heinz", indique la Commission dans un communiqué.

Cette mesure "assure que d'éventuels bénéfices illégaux ne puissent pas être siphonnés de ce compte pendant que l'agence poursuit son enquête sur des échanges suspects", ajoute-t-elle. La SEC fait valoir dans sa plainte, déposée devant un tribunal new-yorkais, que "des courtiers inconnus ont fait des paris risqués sur une hausse de l'action Heinz" le jour précédant l'annonce de la vente.
 
Concrètement, "des courtiers étrangers ou opérant par l'intermédiaire de comptes étrangers" ont pris un nombre important d'options d'achat sur l'action Heinz. Ils se sont réservé le droit mercredi, la veille de la transaction, d'acheter plus de 2500 actions au prix de 65 dollars.
 
La perspective de cette vente, qui n'avait pas du tout filtré à l'avance, avait fait bondir l'action du groupe de 20% jeudi, donnant la possibilité aux courtiers de réaliser un gain important.
 
Berkshire Hathaway, la holding du milliardaire Warren Buffett, et 3G Capital, le fonds brésilien actionnaire majoritaire de la chaîne de restauration rapide Burger King, ont annoncé jeudi le rachat de Heinz pour 28 milliards de dollars (25,7 millions de francs).
 
Options suspectes
 
La SEC juge ces opérations suspectes car le compte qu'elle a fait geler n'avait pas opéré de transaction concernant Heinz dans les six derniers mois, et que l'activité sur les options d'achat Heinz avait de manière générale été "minime" dans les jours précédant l'annonce, selon son communiqué.
 
"Des options d'achat irrégulières et hautement suspectes, immédiatement avant une fusion ou une acquisition, sont un signal sérieux que des courtiers peuvent avoir agi sur la base d'informations confidentielles", a expliqué Daniel Hawke, responsable de la division d'abus de marché de la SEC.
 
"Nous avons agi rapidement pour localiser et geler les actifs de ces courtiers suspects, qui maintenant vont devoir comparaître devant la justice pour expliquer leurs opérations s'ils veulent que leurs actifs soient dégelés", a indiqué un autre responsable de la SEC, Sanjay Whadhwa.
 
Goldman Sachs a dit vendredi collaborer avec la SEC dans le cadre de cette enquête. La SEC ne mentionne toutefois pas explicitement Goldman Sachs mais se réfère à un compte en Suisse avec la mention "Compte GS".
 
Des précédents
 
Heinz est la deuxième acquisition impliquant 3G capital qui fait l'objet de soupçons de délits d'initiés. Un ex-banquier brésilien, Igor Cornelsen, avait accepté en novembre de payer 5,1 millions de dollars pour mettre fin à des poursuites de la SEC, qui l'accusait de délit d'initié dans le cadre du rachat de Burger King par 3G en 2010.
 
Elle avait aussi engagé des poursuites contre un autre Brésilien, Waldyr Da Silva Prado Neto, un courtier travaillant pour la banque Wells Fargo à Miami, aux Etats-Unis, qui avait obtenu des informations confidentielles d'un client impliqué dans le rachat de Burger King et les avait transmises à M. Cornelsen, avait indiqué à l'époque la SEC.