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08.10.2012, 13:30 - Aubonne
Actualisé le 08.10.12, 13:58

La franc-maçonnerie défend la liberté individuelle

Claude-Valéry Rochat, membre-fondateur et Pierre-Albert Jaques, Vénérable Maître en chaire dans le Temple.
Crédit: Audrey Piguet

La loge maçonnique Pythagore célébrait samedi les 20 ans de sa création. L'occasion de rappeler aux non-initiés que les francs-maçons prônent la liberté de pensée et non un endoctrinement à une pensée unique.

 

«On partageait le même souhait de rigueur dans la pratique de la franc-maçonnerie. C’est ce qui a présidé à la création de la loge Pythagore et à la démission de nos précédentes appartenances maçonniques. Rigueur ne signifie pas rigidité», tient à préciser Claude-Valéry Rochat, un des membres fondateurs de la loge créée à Aubonne, en 1992. Ils étaient alors 14, aujourd’hui, ils sont 35 membres. Ils louent et travaillent dans les locaux de La Constance, sise au 17 de la place du Marché, une loge maçonnique fondée en 1798. Samedi 5 octobre dernier, la loge Pythagore célébrait ses 20 ans d’existence avec une fête réservée à ses membres.

«La maçonnerie défend la liberté individuelle», affirme Claude-Valéry Rochat. C’est là une des valeurs fondamentales de la corporation, selon ses membres. Une liberté de conscience, de croyance et de pensée, sans distinction de race, de nationalité, de parti politique ni de position sociale. Qui sous-entend des notions d’écoute, de respect et de tolérance vis-à-vis d’autrui, dans un climat de fraternité. «Parmi nos frères, toutes les couches sociales sont représentées, de l’ouvrier au banquier, tous les partis politiques aussi, ainsi que des confessions différentes, musulman ou jésuite par exemple», explique Pierre-Albert Jaques, le Vénérable Maître en chaire, qui préside Pythagore.

Bienvenue dans le Temple

Le Temple est le lieu de réunion des disciples de Pythagore, là où se tiennent les «tenues» des frères-maçons - qui sont avant tout des espaces de réflexion. Claude-Valéry Rochat et Pierre-Albert Jaques ont ouvert grandes les portes du saint des saints: «Nous sommes une société discrète, pas secrète.» Ainsi, les deux frères lèvent-ils une partie du voile sur le rituel qui préside aux tenues. «Avant une tenue, nous disposons dans l’espace les différents outils (lire encadré) qui portent les valeurs de la maçonnerie, afin de construire le Temple. A l’issue de la réunion, le Temple sera déconstruit. La lumière joue également un rôle essentiel: elle accompagne notre évolution spirituelle, faible au début, puis éclatante, afin que l’esprit de chacun soit en pleine lumière; puis à la fin, la lumière faiblit à nouveau», explique le Vénérable Maître en chaire.

Lorsqu’ils délibèrent, les frères-maçons sont vêtus de leurs habits de cérémonie: complets et cravates sombres, gants blancs et le fameux tablier franc-maçon. La teneur de leur réunion, même si elles ne sont pas ouvertes aux non-initiés, n’est pas secrète. Différents thèmes de réflexion sont abordés et débattus, le tout dans le respect des opinions de chacun. Par exemple, il peut s’agir de débattre de la question du doute ou de la spiritualité. Malgré cette volonté de prôner la liberté de pensée, les frères n’abordent pas les sujets qui fâchent, religion, politique ou éducation. En outre, Pythagore a inscrit dans ses statuts que l’association serait une loge masculine. Sur ce point, aucun changement ne se pointe à l’horizon. «Il existe des loges féminines en Suisse qui travaillent de façon admirable», précisent les deux francs-maçons. Mais la mixité n’est pas au menu. 

La valeur de l’exemple

Les deux frères maçons souhaitent jouer la transparence, soucieux de tordre le cou à tous les fantasmes qui entourent la franc-maçonnerie. «Ce n’est pas une secte, au pouvoir occulte», affirment-ils. «C’est bien plus difficile d’y entrer que d’en sortir. Une simple lettre de démission et vous quittez la loge. Depuis 20 ans on a eu douze démissions», expliquent-ils. Pour entrer dans une loge, il faut être parrainé par un frère, et franchir de longues étapes, de un à deux ans, avant d’être enfin initié. Le conjoint doit obligatoirement adhérer à cette démarche. Le prosélytisme est banni, au profit de la valeur de l’exemple. «On ne souhaite pas imposer ce chemin à qui que ce soit», explique le Vénérable Maître en chaire.

Aussi, afin de faire rayonner ce modèle de vie idéal, mission est donnée aux frères, par leur seule conduite exemplaire, de susciter des vocations. «Le maçon est libre dans une loge libre», ajoutent-ils. «Nous n’avons aucun levier politique, ni social, ni industriel pour faire rayonner nos convictions, autre que celui de travailler sur nous-mêmes afin que cela porte des fruits autour de nous», précise Claude-Valéry Rochat, récusant tout trafic d’influence ou pression souterraine exercée sur les «maîtres du monde». Le Puilléran précise d’ailleurs qu’en Suisse, sur les 8 millions d’habitants, seuls 4000 seraient francs-maçons.

«A la gloire du Grand architecte de l’Univers»

«Chaque membre est à la recherche de sa propre verticalité et on travaille à la gloire du Grand architecte de l’Univers», relève Claude-Valéry Rochat. Une maxime qui souligne la foi des frères en un principe créateur, ils s’emploient donc à développer leur spiritualité, sans idéologie religieuse. Sur l’autel, à la place de la Bible, le Coran pourrait tout aussi bien y figurer. L’important est la force du symbole du sacré.

Les disciples de Pythagore ont pour maxime la citation autrefois gravée sur le frontispice du Temple de Delphes: «Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux.» Le perfectionnement intérieur, le développement de sa propre conscience priment avant de penser à avoir une action sur le monde. «Depuis que je suis entré en maçonnerie, cela m’a complètement changé, témoigne Claude-Valéry Rochat, en approfondissant ma pensée et enrichissant ma personnalité.» «La franc-maçonnerie, c’est une sorte d’école de pensée», conclut Pierre-Albert Jaques.

 

Des bâtisseurs de cathédrales aux architectes du temple idéal de l’humanité

Les symboles des francs-maçons s’appuient sur l’origine du mouvement, à savoir les corporations de bâtisseurs et les antiques tailleurs de pierre, qui usaient de divers outils pour tailler la pierre et créer une cathédrale parfaite. Parmi quelques symboles essentiels qui ornent le Temple d’Aubonne, on trouve la Bible, le compas et l’équerre,symboles du sacré, du droit et de rectitude. Au milieu du temple trônent trois immenses chandeliers qui représentent pour les francs-maçons trois colonnes, symboles de sagesse, de force et de beauté. Au sol, une pierre, un maillet, et un ciseau. La pierre est aussi bien le symbole de la création que de l’homme en chemin spirituel. La pierre est brute, il faut la tailler et polir chaque aspérité à l’aide du maillet et des ciseaux jusqu’à atteindre la perfection. Une image du cheminement que tout franc-maçon se doit de parcourir par l’entremise des divers grades de son évolution: apprenti, compagnon puis maître. Et au final, chacun apportera une pierre à l’édifice humain, à savoir le temple idéal de l’humanité. «Les francs-maçons tendent vers une société idéale, mais nous ne sommes que des humains», relève le Vénérable Maître.

Par JOL



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