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30.07.2012, 07:18 - Morges
Actualisé le 30.07.12, 07:19

Une vie sur la piste des musaraignes

Distingué il y a peu pour ses travaux par la Municipalité, Peter Vogel montre, dans son jardin, la haie, habitat préféré des bestioles, et la trappe qui sert à les capturer pour les observer. Sur son doigt, la minuscule musaraigne étrusque vivante et à l'état de squelette. SAMUEL FROMHOLD/PETER VOGEL
Distingué il y a peu pour ses travaux par la Municipalité, Peter Vogel montre, dans son jardin, la haie, habitat préféré des bestioles, et la trappe qui sert à les capturer pour les observer. Sur son doigt, la minuscule musaraigne étrusque vivante et à l'état de squelette. SAMUEL FROMHOLD/PETER VOGEL
Distingué il y a peu pour ses travaux par la Municipalité, Peter Vogel montre, dans son jardin, la haie, habitat préféré des bestioles, et la trappe qui sert à les capturer pour les observer. Sur son doigt, la minuscule musaraigne étrusque vivante et à l'état de squelette. SAMUEL FROMHOLD/PETER VOGEL

Un habitant du village redécouvre au Tessin le plus petit mammifère du monde, la musaraigne étrusque, 2 gr pour 4 cm.

martine.rochat@lacote.ch

Elle a l'air d'une souris à long nez. Sauf qu'elle n'est pas une souris. Avec son poids moyen de 2 grammes pour 4 centimètres de long, cette vorace dévoreuse d'insectes qu'est la musaraigne étrusque est, à ce jour, le plus petit mammifère du monde connu. " Abstraction faite de sa taille, c'est un peu mon yeti, mon monstre du Loch Ness à moi" , explique Peter Vogel. Ce professeur de zoologie honoraire à l'Université de Lausanne, domicilié à Préverenges depuis 1976, est l'un des grands spécialistes mondiaux de la petite bête, dont il a mis en évidence la présence en Suisse. " Il s'agit d'une redécouverte. La musaraigne étrusque a été vue pour la première fois en Suisse à Lugano en 1895, introduite probablement par accident depuis l'Italie, avec des marchandises."

La longue traque de Peter Vogel débute, de fait, il y a 45 ans. Une thèse à l'Université de Bâle l'amène à s'intéresser à la musaraigne. " Mon professeur m'avait suggéré d'abord un sujet sur les oiseaux qui ne m'inspirait pas trop. Sa deuxième proposition, visant à comparer le développement embryonnaire et post-embryonnaire de trois espèces de musaraignes m'a tout de suite passionné, malgré la difficulté. Le premier défi était de capturer ces animaux, de les faire vivre et se reproduire en captivité. Ce qui ne s'était jamais fait jusque-là." Il commence à piéger les variétés indigènes, mais, " une question en amenant une autre" , il élargit le cadre de ses recherches en s'interrogeant sur la présence en Suisse, attestée pour la dernière fois en 1911, de la musaraigne étrusque, qu'on trouve tout autour de la Méditerranée.

A l'automne 1966, il part pour le Tessin. Il n'est pas seul. Charlotte, sa "belle", l'accompagne. " On s'est connus à 12-13 ans, par l'ornithologie. On est rentrés bredouilles, mais ça ne fait rien. Je pensais localiser des musaraignes étrusques par les pelotes de réjection de la chouette effraie (qui contiennent notamment des poils et des ossements identifiables, ndlr) comme cela se fait en général. Mais voilà, il n'y a pas de chouettes effraies au Tessin!"

 

A la Une des médias

 

Par la suite, Charlotte suivra fréquemment Peter en expédition. Entre autres pour un séjour de trois ans en Côte d'Ivoire, consacré à l'étude des... musaraignes africaines , avant le retour au pays, en 1973, et l'engagement de son mari à l'Université, à un poste qu'il occupera 33 ans . Plus tard, leurs cinq filles, dont l'une devenue biologiste, suivront les parents dans des vacances familiales insolites. "J'avais un truc pour les motiver. Je leur promettais une récompense, qui pouvait être parfois importante, surtout si elles m'aidaient à attraper un spécimen rare."

Dès sa retraite, il y a cinq ans, Peter Vogel multiplie les voyages au Tessin et en Italie. Il s'agit d'abord de mettre au point et de tester une trappe spécifique, efficace et préservant la vie de l'animal, les modèles du commerce se révélant inadéquats à piéger ce mini-gabarit. Ses pièges, appâtés de vers de farine, Peter Vogel les place dans les murs en pierre sèche des vignes locales: " Un habitat idéal pour les musaraignes qui peuvent y aller et venir librement, tout en ayant accès à une abondante population d'insectes ." Car la "bébête" mange énormément pour soutenir une activité qui ne s'arrête jamais et un métabolisme d'enfer.

Finalement, tant de ténacité se révélera payante. En novembre 2011, notre interlocuteur capture sept individus, qui lui vaudront immédiatement la Une des médias.

 

Un jardin extraordinaire

 

Mis à part son travail sur le terrain, Peter Vogel écrit et publie sur des sujets variés. " Pas que sur les musaraignes..." Son jardin lui sert aussi de cadre d'observation. Un lieu à l'état de nature, offrant un environnement de qualité aux bestioles. Des "poids lourds" de dix grammes, de la variante musette y nichent régulièrement dans les haies épaisses entourant la villa, abrités des prédateurs, des chats essentiellement, qui les chassent mais ne les mangent pas. Le chien de la maison, qui s'attaque plutôt aux balles jaunes du tennis voisin, laisse une paix royale à ces "locataires", qui, grâce à la sécurité offerte par des branches et des herbages placés au pied des buissons, en profitent pour pulluler joyeusement. " Une année, en comptant tous les petits, j'en avais 72. C'est vraiment le paradis des musaraignes", conclut Peter Vogel.

 

LA PETITE BETE SUR UNE ETIQUETTE DE BOUTEILLE?

 

"Lorsque je suis retourné la première fois au Tessin ce printemps, j'ai eu le choc de ma vie. J'étais furieux en voyant qu'on avait abattu les arbres, arraché les herbes et retourné la parcelle au trax ." Ni une ni deux, Peter Vogel ameute les instances de protection de la nature. L'histoire finira mieux qu'elle n'a débuté. Le propriétaire de la vigne s'est engagé à la cultiver biologiquement. Les murets de pierre devront aussi être maintenus, avec adjonction d'une bande de terre protégée. Une étiquette de vin, ornée d'une musaraigne, pourrait enfin voir le jour...

Par MARTINE ROCHAT



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