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03.02.2012, 07:01 - Rolle
Actualisé le 03.02.12, 15:23

Un paysan arrache des pylônes en épandant son fumier

L'incident a provoqué une importante coupure de courant.

info@lacote.ch

Dans ce champ entre Pizy et Gimel, le paysage ressemble à un après tempête. Sept mâts de bois et un câble électrique jonchent le sol gelé où la neige soufflée se mélange à une fine couche de fumier. Même si le site est généreusement exposé à la bise glaciale, les éléments naturels n'y sont pour rien dans cet accident.

Mercredi matin, un agriculteur qui épandait du fumier sur la parcelle surplombant la Grande Ferme a arraché quelque 250 mètres de la ligne aérienne de 20 000 volts et mis à terre sept piliers de bois appartenant à la Société électrique des forces de l'Aubonne (SEFA). Avec la porte arrière de son épandeuse à fumier levée, il a touché, peu après 9h15, le câble à basse tension. "Avec la puissance de l'engin qui avance à 6 ou 7 km/h, on ne sent rien" , commente l'éleveur Didier Haldimann - qui ne pilotait pas lui-même le convoi agricole.

Il s'interroge encore sur les circonstances de l'accrochage, tout en précisant que son champ était, à ce moment-là, balayé par une bise "à décorner les boeufs" . "Cela fait au moins six ans que nous utilisons cette épandeuse au même endroit. Nous sommes obligés de laisser la porte guillotine à l'arrière ouverte et on n'avait jamais connu de problème en passant sous la ligne jusque-là."

L'accident a provoqué un court-circuit qui a interrompu la distribution sur une bonne partie du réseau de la région aubonnoise. "Certains usagers ont été privés de courant électrique un quart d'heure seulement, d'autres une demi-heure, une heure ou encore jusqu'au soir, et ceci à Pizy même, Aubonne, Montherod, Saint-Livres et au Signal de Bougy" , précisait Olivier Genevaz, responsable exploitation de la SEFA.

 

Mobilisation générale dans le froid et le vent

 

Intervenus rapidement, une quinzaine de monteurs de ligne ont oeuvré dans des conditions extrêmes de froid et de vent jusque tard dans la nuit de mercredi à jeudi pour mener à bien une réparation de fortune.

Il a fallu installer trois groupes électrogènes pour alimenter le secteur touché. Le directeur de la SEFA, Christian Jan, souligne la solidarité des sociétés d'électricité pourtant désormais soumises à la concurrence. "Nos voisins de la Société électrique intercommunale de La Côte (SEIC) à Gland et Romande Energie nous ont fourni chacun une génératrice."

Ensuite, un nouveau câble transportant 20 000 volts a été déployé à même le sol, permettant de raccorder les quelques fermes isolées entre Pizy, Gimel et Montherod. "Pour le moment, on en restera là , annonce Olivier Genevaz. Impossible d'entreprendre quoi que ce soit pour remplacer les poteaux dans un sol autant durci par le gel." En conséquence, la route qui mène de Pizy à Gimel restera fermée pour au moins deux semaines.

Hier, Christian Jan paraissait presque aussi atterré que ses pylônes. Le directeur de la SEFA ne mâche pas ses mots: "En plus de trente ans de carrière, je n'ai jamais vu un carnage pareil occasionné par une activité humaine. C'est généralement l'apanage des forces de la nature..."

 

Coûteuse maladresse

 

S'il n'y a aucun blessé à signaler, l'exploitant terrien ne sortira pas indemne de cet incident. La facture que lui adressera la société électrique se chiffrera en dizaines de milliers de francs, "même si cela reste difficile à évaluer précisément pour le moment" , indique Christian Jan. L'agriculteur déplore aussi des dégâts sur sa remorque. "La porte arrière et les vérins qui permettent son ouverture ont été complètement tordus."

Une mise sous terre de ce tronçon sera peut-être la solution pour éviter ce genre d'ennuis. "Mais cela représente un certain coût sur cette ligne qui ne compte pas énormément de raccordements" , note Olivier Genevaz.

Didier Haldimann attend cela avec impatience. "J'ai fait des travaux pour préparer le passage de ces câbles sous terre. Des tubes sont en attente, prêts à les recevoir." Il constate que certains mâts "ont fait leur temps. D'ailleurs, celui qui avait été remplacé récemment a résisté à l'accrochage de mercredi." Selon l'éleveur, qui compte déjà l'autoroute électrique à très haute tension sur ses terres, "il est temps de faire disparaître cette petite ligne aérienne. Mais n'allez pas croire qu'on a fait exprès de l'arracher. Mon chauffeur aurait aussi pu être blessé dans cette mésaventure."

Par JOCELYNE LAURENT ET DIDIER SANDOZ



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