Chéserex: Triple démission à l'Exécutif

Le syndic et deux municipaux choisissent d'interrompre leur mandat après le net refus populaire de la fusion. Place à une triple élection complémentaire.
07 août 2015, 15:04
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Roland Oppliger, vice-syndic, et Nathalie Sandoz, municipale, quitteront l'exécutif à fin juin 2015. Le syndic, Christian Pierrehumbert (à dr.), cède sa fonction à la fin de ce mois.

Le refus de la fusion des communes d’Asse et Boiron laisse des traces à Chéserex. Et pas de petites puisque trois des cinq membres de l’exécutif ont annoncé hier leur démission. Ainsi, le syndic Christian Pierrehumbert quittera-t-il son poste à la fin du mois de février, tandis que les municipaux Roland Oppliger et Nathalie Sandoz sortiront du collège le 30 juin.

Christian Pierrehumbert
Les démissionnaires, cosignataires d’un communiqué, ne s’en cachent pas: la votation du 25 janvier dernier, et le refus de la population, à 80%, de soutenir le projet municipal ont pesé lourd. «Pour nous, c’est un désaveu, celui de la politique menée par la Municipalité, explique Christian Pierrehumbert. Dès lors, il y a un gros problème pour s’investir dans une cause publique en regard des concessions faites sur la vie privée et professionnelle.» Et qu’on ne vienne pas lui dire que si 4 citoyens sur 5 ont refusé la fusion, c’était en raison de la satisfaction envers la gestion communale actuelle et qu’en conséquence il fallait interpréter ce vote comme un plébiscite. «Non, il faut arrêter d’être hypocrite. Ce discours-là, je n’y crois pas une seule seconde.»


Déçu, fatigué, mais pas rancunier: «Non, je suis à la Municipalité depuis 1998 et syndic depuis 2011. Je garde de très bons souvenirs. Mais avec les défis qui attendent cette commune, il faut être plus que motivé. Par ailleurs, il était clair que je ne me représenterais pas aux élections de 2016.» Mais pourquoi dès lors quitter si vite et ne pas faire la liaison jusqu’à la prochaine législature? «Justement pour permettre aux suivants de prendre leurs marques.»

Roland Oppliger
Roland Oppliger, vice-syndic, partira également, mais assumera, en sa qualité de vice-syndic, les affaires jusqu’à l’arrivée d’un nouveau chef de l’exécutif le 30 juin. «Il y a deux raisons à mon départ. D’un côté, mon activité professionnelle de médecin qui implique 12 heures de travail par jour. Si on rajoute la gestion d’un village, il devient difficile d’avoir une vie normale.»


Mais c’est évidemment la deuxième raison qui a pesé: «Mon analyse est politique. J’ai tourné ça dans tous les sens possibles et ne peux arriver qu’à une seule conclusion: ce vote est un désaveu. A Chéserex, la bonne marche de la commune repose essentiellement sur la bonne volonté de chacun. Mais aujourd’hui, le syndic est surchargé, le vice-syndic aussi. Tout comme la municipale. Le peuple, qui a toujours raison, ne comprend pas cela.»


Celui qui est arrivé au Conseil général à 18 ans a aussi été affecté par la tournure des événements: «La campagne a été méchante. Et je ne veux plus diriger un village dans un tel état d’esprit. Je crois que quelque chose s’est passé car je vois que même le Conseil communal a fini par tourner sa veste durant la campagne. Et je ne peux l’interpréter qu’ainsi: on a fait peur aux gens, avec des arguments infondés. Dès lors, apeurés, les gens ne voulaient même plus discuter. La peur, le fric et la méchanceté, voilà ce qui s’est passé. Je tire donc la conséquence politique de ce désaveu», conclut Roland Oppliger, qui a donné 24 ans de sa vie à son village, et qui n’a pas goûté non plus au manque de soutien populaire après la votation. «On nous dit que ce vote est un plébiscite de notre gestion communale? De qui se moque-t-on?! Personne, ou presque, n’est venu nous témoigner son soutien après le 25 janvier.»

Nathalie Sandoz
Pour Nathalie Sandoz, conseillère communale depuis 2006 qui a intégré la Municipalité en 2013, le constat est le même: «Ce vote était vraiment une claque pour nous.» Mais elle pondère: sa démission trouve aussi des raisons dans sa vie personnelle.

Et maintenant?
Reste maintenant à savoir comment gérer la commune d’ici à la prochaine législature, dans une année. Une chose est certaine, en assurant l’intérim à la tête de la Municipalité après le départ du syndic Christian Pierrehumbert, Roland Oppliger permettra à la commune d’éviter la tutelle de l’Etat. «C’est une situation très très rare, commente le préfet du district de Nyon Jean-Pierre Deriaz. Il faudra organiser une élection complémentaire triple rapidement puis, éventuellement, une élection pour la syndicature.»
Une démission qui aura aussi le mérite de mettre les partisans d’une autonomie communale devant leurs responsabilités: il va désormais falloir s’engager.