Affaire Magnitski: représailles de Moscou aux sanctions américaines

Dix-huit Américains, anciens responsables de la prison de Guantanamo ou impliqués dans la condamnation du trafiquant d'armes russe Viktor Bout, se sont vus interdire l'entrée sur territoire russe. Moscou entendait riposter à la publication de la "liste Magnitski".
07 août 2015, 11:14
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
La Russie a interdit samedi l'entrée sur son territoire à 18 Américains. Moscou agissait en représailles à la publication de la "liste Magnitski".

La Russie a interdit samedi l'entrée sur son territoire à 18 Américains, anciens responsables de la prison de Guantanamo ou impliqués dans la condamnation du trafiquant d'armes russe Viktor Bout. Moscou agissait en représailles à la publication de la "liste Magnitski".

Les noms de personnalités visées par Moscou ont été révélés après la publication la veille aux Etats-Unis d'une liste de responsables russes visés par des sanctions économiques américaines pour leur implication présumée dans la mort en prison à Moscou du juriste Sergueï Magnitski.

La liste russe, elle, mentionne quatre responsables américains soupçonnés d'être liés à des violations des droits de l'Homme à la prison de Guantanamo, dont David Spears Addington, chef de cabinet de l'ancien vice-président Dick Cheney, et John Yoo, ancien conseiller sous l'administration de George W. Bush. Deux anciens directeurs de la prison de Guantanamo sont aussi visés.

Elle inclut aussi plusieurs procureurs de l'Etat de New York, qui ont fait condamner Viktor Bout à 25 ans de prison aux Etats-Unis pour trafic d'armes, une affaire qui avait déjà envenimé les relations russo-américaines. Leur lien avec le dossier du trafiquant, qui a inspiré le personnage joué par Nicolas Cage dans le film "Lord of War" ("Le Seigneur de Guerre"), n'est cependant pas mentionné dans le texte.

Ils sont accusés, comme tous les autres membres de la liste sans rapport avec la prison de Guantanamo, d'avoir violé les droits de citoyens russes à l'étranger.

Impliqués dans la légalisation de la torture

La liste russe comporte par ailleurs une section secrète avec d'autres noms qui ne seront pas communiqués publiquement suivant le modèle que la liste Magnitsky adoptée aux Etats-Unis, a précisé le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov à l'agence Itar-Tass. "La guerre des listes ne relève pas de notre choix, mais nous ne pouvons pas ignorer un vrai chantage", s'est justifié le ministère dans un communiqué

"Contrairement à la liste américaine, qui est arbitraire, notre liste comprend en priorité les noms de ceux qui sont impliqués dans la légalisation de la torture et la détention à perpétuité dans la prison de Guantanamo, et aussi dans l'arrestation et l'enlèvement de citoyens russes", a ajouté le ministère.

Avoirs gelés

Le Trésor américain a annoncé vendredi avoir pris des sanctions économiques contre 16 Russes - procureurs, enquêteurs, inspecteurs du fisc - pour leur implication présumée dans la mort de Sergueï Magnitski et contre deux Tchétchènes pour d'autres violations des droits de l'Homme.

Aux termes de la "liste Magnitski", les avoirs que détiendraient ces personnes sont gelés sur le sol américain, et tout ressortissant américain qui commercerait avec elles s'exposerait à des sanctions pénales. Les personnes visées sont aussi interdites d'entrée aux Etats-Unis.