Afghanistan: forte hausse de la culture du pavot et de la production d'opium

En Afghanistan, l'étendue des surfaces cultivées d'opium est passée de 154'000 hectares en 2012 à 209'000 hectares en 2013 (+36%). Il semble que le lien entre l'insécurité et la culture de l'opium observé depuis 2007 est toujours vrai en 2013.
07 août 2015, 12:01
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Selon l'ONU, l'augmentation des surfaces cultivées et de la production "constitue une menace pour la santé publique, la stabilité et le développement de l'Afghanistan".

Les surfaces cultivées de pavot ont atteint un niveau record en Afghanistan en 2013, selon l'ONU. La production d'opium a elle aussi enregistré une forte hausse. Les producteurs pourraient chercher à se mettre à l'abri d'une éventuelle déstabilisation du pays à l'approche du retrait des soldats de l'Otan.

L'étendue des surfaces cultivées de pavot est passée de 154'000 hectares en 2012 à 209'000 hectares en 2013 (+36%), dépassant le précédent record de 2007 (193'000 hectares), indique le Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) dans son rapport annuel sur le sujet.

Conséquence directe: la production d'opium, substance tirée du pavot et dont est notamment issue l'héroïne, a atteint 5500 tonnes en 2013 (+49 % par rapport à 2012), ajoute le document, rédigé conjointement par les services de l'ONU et l'administration afghane.

Ce rapport souligne en outre que les niveaux de production auraient pu être encore "supérieurs", sans des "conditions météorologiques défavorables, en particulier dans les régions du Sud et l'Ouest", véritable grenier à pavot de l'Afghanistan.

Menace pour la santé

Selon l'UNODC, les cultivateurs pourraient avoir accru la production de pavot "pour préserver leurs avoirs face à la perspective d'un futur incertain qui pourrait résulter du retrait des troupes internationales l'année prochaine".

L'augmentation des surfaces cultivées et de la production "constitue une menace pour la santé publique, la stabilité et le développement de l'Afghanistan", a commenté le directeur de l'agence onusienne, Yury Fedotov, dans un communiqué.

Le trafic international de drogue à partir de l'Afghanistan, premier pays producteur d'opium, profite en effet directement aux insurgés talibans, qui en tirent entre 100 et 400 millions de dollars par an, selon des chiffres de l'ONU et de l'administration afghane.

Lien avec l'insécurité

Cette manne financière contribue à nourrir l'insurrection meurtrière qu'ils mènent contre les forces gouvernementales afghanes et celles de l'Otan depuis leur éviction du pouvoir en 2001 par une coalition militaire dirigée par les États-Unis.

"Le lien entre l'insécurité et la culture du pavot observé depuis 2007 est toujours vrai en 2013": près de 90% des champs de pavot sont rassemblés dans neuf provinces, qui comptent parmi les bastions des talibans, souligne le rapport de l'ONU.

Malgré douze ans de guerre et des moyens militaires colossaux, la Force internationale de l'Otan en Afghanistan (Isaf) n'a pas réussi à mater la rébellion islamiste et le retrait des 75'300 soldats de la coalition fait craindre d'une nouvelle guerre civile.