Alep: l'horreur continue et alarme l'ONU

La situation est hors de contrôle à Alep. Plus de 100 civils tués en cinq jours, et la crainte que les actions militaires soient plus importantes que l'action humanitaire en Syrie.
20 nov. 2016, 19:00
/ Màj. le 20 nov. 2016 à 19:13
Il ne reste que des ruines de cette école syrienne.

L'émissaire de l'ONU en Syrie s'est rendu dimanche à Damas pour demander un arrêt des attaques contre les civils, surtout à Alep-Est, où "le temps est compté". Le régime a rejeté son idée d'une "administration autonome" des rebelles sur les quartiers qu'ils contrôlent.

Staffan de Mistura s'est entretenu de l'escalade des violences avec le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem. "On lui a dit qu'on rejetait complètement cette (idée)", a déclaré M. Mouallem à propos du maintien d'une "administration autonome" des rebelles sur les quartiers qu'ils contrôlent à Alep.

Dans un entretien publié en début de semaine par le quotidien britannique The Guardian, M. de Mistura avait suggéré que Damas reconnaisse l'administration établie de facto par les insurgés dans les quartiers de l'est de la deuxième ville du pays, qui échappent au régime depuis 2012.

En contrepartie, les centaines de djihadistes du groupe Fateh al-Cham (ex-branche syrienne d'Al-Qaïda) devaient quitter ce secteur où plus de 250'000 civils vivent assiégés depuis quatre mois et sont soumis à d'intenses bombardements du régime.

Catastrophe humanitaire en vue

L'émissaire de l'ONU a prévenu dimanche que "le temps était compté" pour l'est d'Alep. "Ce que nous entendons de nos collègues humanitaires est que, particulièrement à Alep-Est mais aussi dans d'autres parties du pays, il y a une crainte grandissante qu'il y ait une accélération des activités militaires au lieu des initiatives humanitaires ou politiques", a poursuivi M. de Mistura.

"D'ici Noël, (...) on verra un écroulement de ce qui reste à Alep-Est et vous pourriez avoir 200'000 personnes fuyant vers la Turquie, ce qui serait une catastrophe humanitaire", a-t-il mis en garde. L'envoyé spécial de l'ONU a affirmé avoir fait part à M. Mouallem de "l'indignation internationale" concernant les bombardements du régime, notamment sur les hôpitaux d'Alep-Est.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé samedi que toutes les structures médicales des quartiers insurgés avaient été mises hors-service par les bombardements du régime et de la Russie, qui veulent inciter la population à partir.

Plus de 100 civils tués

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), un déluge de roquettes, d'obus et de barils d'explosifs a provoqué la mort d'au moins 107 civils identifiés, dont 17 enfants, à Alep-Est depuis mardi.

Le nombre de combattants rebelles tués s'élève à 58, mais celui des djihadistes de Fateh al-Cham reste inconnu. Ces bilans pourraient s'alourdir, en raison notamment des centaines de blessés, dont beaucoup sont dans un état grave.

L'émissaire de l'ONU a également exprimé son inquiétude concernant les victimes civiles à Alep-Ouest, zone contrôlée par le régime et où huit enfants ont été tués par des tirs sur leur école. L'agence Sana a fait état d'un bilan total de 10 morts et de 59 blessés.

Outre les bombardements, de violents combats se déroulaient dans les quartiers de Boustane al-Bacha et Cheikh Saïd, à Alep-Est, où les forces du régime tentent d'avancer.

Avant l'arrivée de Trump

Le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault a condamné la "stratégie de guerre totale" de la Russie et du régime syrien. Il a appelé à une action internationale pour "stopper le massacre".

A Bruxelles, le commissaire européen à l'Aide humanitaire, Christos Stylianides, a dénoncé des "violations inacceptables du droit humanitaire international, pouvant représenter des crimes de guerre". Il a appelé à l'arrêt des bombardements pour permettre la distribution d'aide et l'évacuation des civils blessés.

La Russie ne participe pas aux attaques actuelles sur Alep-Est. Mais Damas et Moscou semblent déterminés à reprendre coûte que coûte ce secteur. Selon des experts, les deux capitales veulent atteindre cet objectif avant la prise de fonction de Donald Trump à la présidence américaine le 20 janvier