Annecy: une fillette livre un récit "poignant"

A l'occasion d'une conférence de presse, le procureur d'Annecy Eric Maillaud a déclaré qu'une fillette a donné un récit "poignant" aux enquêteurs, mais qu'elle n'a donné que peu d'éléments pour l'enquête.
06 août 2015, 11:00
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
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La fillette de quatre ans découverte indemne après avoir passé huit heures sous le cadavre de sa mère, a été interrogée par les gendarmes avec un traducteur britannique, a annoncé le procureur d'Annecy, Eric Maillaud à l'occasion d'une conférence de presse donnée cet après-midi à Annecy.

Elle a confirmé l'identité de ses parents et a  délivré un récit "poignant", mais n'a formulé que peu d'éléments pour l'enquête, a-t-il dit.
 
Elle "a entendu mais rien vu" du drame, a expliqué le procureur de la République.
 
Quant à sa soeur de sept ans, touchée par balle à l'épaule et frappée violemment à la tête, elle "a été réopérée" et "va bien", a ajouté le procureur. Elle était toujours plongée dans le coma ce vendredi, mais ses jours n'était plus en danger.
 
La piste d'un différend familial financier entre une des victimes et son frère est examinée par le procureur.
 
Deux informations judiciaires, l'une pour "assassinats" et l'autre pour "tentatives d'assassinats", ont été ouvertes, a précisé le procureur. Une commission rogatoire (demande d'entraide) a également été délivrée à Londres, où des policiers français se sont très rapidement rendus, a dit M. Maillaud.
 
Saad al-Hilli, 50 ans, et sa femme Iqbal, originaire comme lui de Bagdad, vivaient dans une maison familiale de Claygate, dans la grande banlieue cossue du sud de Londres. Le couple a été assassiné dans sa voiture à Chevaline, dans l'est de la France, en compagnie de la mère de Mme al-Hilli.
 
Les deux fillettes du couple, âgées de 4 et 7 ans, ont quant à elles miraculeusement survécu à la fusillade, la plus âgée en dépit de graves blessures à la tête. Le dernier mort est un cycliste français qui semble avoir été tué car il passait par là, par hasard.
 
Mobile inconnu
 
Les policiers espèrent découvrir à Claygate des documents qui permettront de mieux cerner la personnalité du propriétaire des lieux, son entourage et les activités professionnelles de la famille al-Hilli. L'espoir est de tirer un fil, et dans le meilleur des cas de découvrir un mobile.
 
Saad al-Hilli avait créé la société Shtech en 2001. L'entreprise spécialisée dans le design 3 D travaillait récemment dans le secteur de l'aviation civile et de l'imagerie satellitaire, selon le comptable Julian Stedman.
 
Musulman chiite, M. al-Hilli n'était pas réputé pratiquant et est "totalement inconnu" des services de renseignement, a précisé Eric Maillaud. Les témoignages des voisins et amis ont esquissé l'image d'un couple uni.
 
Quelques jours avant la tuerie, l'homme et sa famille avaient élu domicile dans un camping proche de Chevaline. Y ayant déjà séjourné, il connaissait bien la région. 
 
Le procureur a en outre confirmé que le premier témoin sur place avait repéré un véhicule 4X4 vert.
 
Litige financier
 
L'une des pistes étudiées est celle d'un litige sur fond d'argent entre Saad al-Hilli et son frère. La BBC croyait savoir vendredi que les deux frères se seraient disputés à propos d'un héritage, avec pour enjeu une maison en Espagne et le pavillon Tudor de Claygate.
 
Le frère s'est présenté spontanément aux policiers britanniques et il était interrogé vendredi. On ignore le contenu de ses déclarations.
 
Le procureur Eric Maillaud a cependant appelé à la prudence sur cette piste, s'interrogeant sur l'écart qu'impliquait le fait de "passer d'un différend financier à un quadruple meurtre". 
 
Le parquet continue d'envisager toutes les pistes à ce stade de l'enquête, des "plus crapuleuses" au "drame familial".
 
 
Pas de faute de la gendarmerie
 
Le ministre français de l'Intérieur Manuel Valls a estimé qu'aucune faute n'avait été commise même si les gendarmes ont mis huit heures pour découvrir l'autre fillette de quatre ans vivante, prostrée sous les jupes de sa mère dans la voiture.
 
La gendarmerie explique ne pas l'avoir vu pendant que la scène du crime était "gelée", dans l'attente des experts de police scientifique. Le ministre écarte toute polémique.
 
"Je ne participerai pas de ce type de polémique inutile ou injustifiée. Il faut (que les enquêteurs et experts - ndlr) poursuivent leur travail et je pense qu'il n'y a eu aucune faute", a-t-il dit vendredi sur RTL.
 
L'enquête sur le quadruple meurtre commis mercredi près d'Annecy, en France, s'est étendue vendredi au Royaume-Uni.