Attentat à Berlin: la piste du tunisien se confirme, mais les autorités allemandes ne savent toujours pas où il se trouve

La piste du tunisien semble se confirmer selon les autorités allemandes, cependant ils n'ont aucune idée d'où il pourrait se trouver. Cela a soulever une polémique sur le dysfonctionnement de la sécurité de l'Allemagne.
22 déc. 2016, 20:21
/ Màj. le 22 déc. 2016 à 20:27
La justice allemande a lancé un mandat d'arrêt sur tout le continent et une récompense de 100'000 euros est même proposée.

Les autorités allemandes estiment que le Tunisien qu'elles recherchent était bien au volant du camion-bélier qui a tué une douzaine de personnes à Berlin. Elles semblent cependant n'avoir pas la moindre idée d'où il se trouve et font face à une polémique au sujet des dysfonctionnements qui lui ont permis d'échapper à la police alors qu'il était connu comme un islamiste dangereux.

"Ce n'est pas comme cela que nous allons garantir la sécurité de l'Allemagne", a dénoncé l'un des responsables du parti conservateur de la chancelière Angela Merkel (CDU), Armin Laschet, à propos des failles ayant empêché l'arrestation ou l'expulsion d'Anis Amri. "Les informations que nous avons sur la manière dont les autorités ont travaillé sont choquantes", a-t-il ajouté sur la radio publique.

Dans ce contexte, le ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière a annoncé que les empreintes digitales du Tunisien de 24 ans avaient été retrouvées dans la cabine du camion. Il a ajouté que, selon les indices disponibles, ce suspect en fuite était "selon toute probabilité vraiment l'auteur" de l'attentat qui a fait 12 morts lundi soir sur un marché de Noël de Berlin.

La porte-parole du ministère public a précisé plus tard que des empreintes ont été retrouvées sur la porte du côté du conducteur. Elles font partie des indices qui permettent de conclure que c'était bien lui qui conduisait le camion.

Toutefois, trois jours après l'attaque, la police semble n'avoir aucune idée du lieu où il peut se cacher. La justice allemande a lancé un mandat d'arrêt sur tout le continent et une récompense de 100'000 euros est même proposée.

Controverse

Le fugitif, probablement armé, "a pris le large", pronostique un enquêteur sous couvert d'anonymat dans le journal Die Welt. Plusieurs médias ont affirmé que la police a arrêté jeudi quatre personnes qui lui étaient liées, mais le parquet l'a démenti.

La disparition du suspect alimente une forte controverse sur les dysfonctionnements des autorités à tous les échelons autour de sa surveillance avant l'attentat alors qu'il avait été reconnu comme dangereux.

Sous surveillance

Les critiques se concentrent sur le fait qu'Anis Amri était bien connu de la police. Pendant l'essentiel de l'année, il a fait l'objet d'une surveillance, notamment à Berlin où on le soupçonnait de préparer un cambriolage pour financer l'achat d'armes automatiques et un attentat. L'enquête avait été abandonnée par le parquet en septembre faute d'éléments probants.

Mi-2016 pourtant, les services de sécurité tunisiens avaient intercepté des échanges entre Anis Amri et deux djihadistes du groupe Etat islamique (EI). Elles en avaient informé les autorités allemandes. Et le magazine Der Spiegel, qui cite les écoutes téléphoniques de "prédicateurs" islamistes, affirme qu'il s'était proposé "depuis des mois" pour une mission suicide.

Malgré cette longue liste de suspicions, il a été laissé en liberté par manque de preuve ou, semble-t-il, de coordination entre les différentes administrations.

Passé par la Suisse

Avant d'arriver en Allemagne, le suspect a fait près de quatre ans de prison en Italie, ont indiqué à Reuters ses frères à Oueslatia, sa ville d'origine. Il pourrait s'être radicalisé là. L'un des frères a indiqué qu'il n'était plus le même homme quand il a retrouvé la liberté l'an dernier.

Le jeune homme a été incarcéré pour avoir tenté de mettre le feu au centre de réfugiés où il était hébergé. Après avoir purgé sa peine en Sicile, il aurait dû être renvoyé en Tunisie, mais son pays a refusé de l'accueillir. Il est alors parti pour l'Allemagne, en passant par la Suisse, selon la police italienne.

Merkel salue la réaction du public

Malgré tout, un semblant de normalité reprenait ses droits jeudi à Berlin. La police a autorisé la réouverture du marché de Noël où le carnage a eu lieu et de nombreux visiteurs s'y pressaient en milieu de journée, buvant du vin chaud ou faisant des emplettes, a constaté l'AFP.

La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré qu'elle a été "très fière ces derniers jours du calme avec lequel un grand nombre de personnes ont réagi à la situation".