Attentats de Paris, un an après: témoin-clé de l'enquête, elle vit recluse depuis les attaques

Quelques jours après les attaques du 13 novembre 2015, une jeune femme avait dénoncé Abdelhamid Abaaoud et permis ainsi au Raid de le neutraliser. Un an après, elle se confie dans un livre, sorti au début du mois. Son quotidien ressemble à "une prison à ciel ouvert".
04 nov. 2016, 21:55
/ Màj. le 10 nov. 2016 à 09:53
Le 18 novembre 2015, le Raid est intervenu dans un appartement de Saint-Denis, dont l'adresse avait été communiquée par Sonia.

Son témoignage avait permis à la police de mettre la main sur Abdelhamid Abaaoud et de le neutraliser. Mais il a aussi bouleversé sa vie. Dans un livre publié au début du mois intitulé "Témoin", Sonia (prénom d'emprunt) raconte son quotidien depuis qu'elle a donné aux enquêteurs l'adresse de l'organisateur présumé des attaques du 13 novembre 2015. Elle s'est confiée lors d'un entretien accordé au quotidien Le Parisien

La jeune femme, qui n'a toujours pu pu changer son identité en regard de la loi française, ne peut dès lors pas travailler. Depuis près d'une année, elle vit recluse dans une maison que les autorités lui ont mise à disposition, loin de Paris. Elle y réside avec sa famille, mais confie avoir l'impression de vivre dans "une prison à ciel ouvert": "Je passe mes journées à regarder la télé. Je reçois de l'argent des autorités chaque mois, mais je touche moins que lorsque je travaillais. J'ai besoin de retrouver une vie sociale normale" raconte-t-elle au Parisien.

 

La jeune femme admet qu'elle a peur, même si des policiers spécialisés sont à sa disposition pour la protéger: "Ils m'ont inventé un passé, m'ont demandé de rester discrète. J'ai aussi un portable rouge qu'ils m'ont confié. Je peux l'utiliser à n'importe quel moment pour entrer en contact avec eux. Malgré cela, elle ne va pas bien: "Je ne dors pas. Je repense à ce que j'ai vécu, mais surtout aux familles des victimes qui pleurent depuis un an."

 

Sonia avait appelé la police le 16 novembre. Et leur avait indiqué où se trouvait la planque d'Abdelhamid Abaaoud et de ses complices à Saint-Denis. Elle avait rencontré le djihadiste après les attaques du 13 novembre, par l'intermédiaire de sa cousine. Lorsqu'il lui a annoncé que d'autres attentats se préparaient, elle a essayé de le raisonner. "Je lui dis que des innocents sont morts, que l'islam ce n'est pas ça, et qu'au prochain attentat, mes propres enfants pourraient faire partie des victimes. J'avais l'impression de voir le diable en personne."

Les agents du Raid ont finalement neutralisé le terroriste dans l'appartement de Saint-Denis le 18 novembre. La cousine de Sonia s'est alors fait exploser via une ceinture d'explosifs. "Je pense tous les jours à Hasna. Je crois que là où elle est, elle ne m'en veut pas. Elle sait que j'ai pris la bonne décision."

par Marie Dorsaz