Bientôt du pétrole québécois sur le marché

Du pétrole québécois d'une qualité comparable à celle du Brent de mer du Nord devrait être produit d'ici à 2016. Un premier pas vers l'autonomie énergétique pour la province canadienne.
07 août 2015, 11:43
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
gaspe

Le Québec devrait produire cet automne ses premiers barils d'or noir. Une manne pour son gouvernement indépendantiste qui vise la souveraineté énergétique. C'est aussi la consécration pour Pétrolia, premier groupe pétrolier de la Belle Province.

Après avoir imposé un moratoire sur la production de gaz de schistes, le territoire francophone deviendrait la sixième province canadienne à produire des hydrocarbures.

"Le gouvernement du Parti québécois est ouvert à l'exploitation du pétrole sur le territoire québécois dans une perspective d'indépendance énergétique", explique le ministre du Développement durable et de l'Environnement Yves-François Blanchet.

Pétrolia possède "70 à 80%" des réserves d'hydrocarbures du Québec et a pour premier actionnaire le gouvernement provincial (10,4% du capital), indique son PDG André Proulx.

Onze ans après sa création, la société devrait donc voir prochainement jaillir les premiers jets de pétrole au nord de la péninsule gaspésienne, au bord du golfe du Saint-Laurent, dans le projet "Haldimand".

Le groupe Pétrolia a identifié 7,7 millions de barils "récupérables" proche de la ville de Gaspé. Cet or noir est enfoui sur des concessions que la société québécoise détient à parts égales avec la famille Bouygues, une des premières fortunes de France, présente dans le BTP, les télécoms et l'audiovisuel.

Ambitions écologistes

Avant le démarrage, l'Assemblée nationale québécoise doit adopter un nouveau règlement sur la protection de l'eau. Pointant l'opposition publique, le ministre Blanchet confie ne pas être "du tout enthousiaste à l'idée qu'Haldimand soit en exploitation", tout en semblant résigné à ce qu'il démarre.

Le gouvernement indépendantiste est dans une position délicate, souhaitant conjuguer ambitions écologistes et autonomie énergétique.

Fonds d'investissement suisse

Autre projet en Gaspésie, le champ gazier Bourque recèle plus 28 milliards de mètres cubes de gaz naturel. Il aurait même pu être lancé plus tôt, sans le "défaut de paiement" du fonds d'investissement suisse Pilatus.

Ce dernier a été co-fondé par l'ex-PDG d'Elf-Aquitaine Loïk Le Floch-Prigent avec l'homme d'affaire émirati Abbas Ibrahim Al Youssef (les deux hommes sont aujourd'hui en bisbille), remarque le PDG de Pétrolia.

Projet gazier

La première intention de Pilatus était "d'acheter Pétrolia" et d'investir 20 millions de dollars dans le projet gazier. Il ne versera finalement que "trois à cinq millions", en plus de prendre des parts dans la société, selon M. Proulx.

Ce dernier affirme que Pilatus a revendu ses parts il y a "deux ou trois ans", bien que des documents boursiers indiquent que Pilatus possède toujours 6,3% du capital.

Démêlés avec la justice

Pétrolia a eu plus de réussite avec Maurel & Prom, groupe pétrolier français dirigé par Jean-François Hénin. Cet homme d'affaire français a aussi eu des démêlés avec la justice.

Maurel, son ancienne filiale MPI (ex-Maurel et Prom Nigeria) et Pétrolia viennent de s'associer pour acheter près de 2000 km2 de permis pétrolier en Gaspésie. Surtout, les groupes français et québécois souhaitent "étendre leur collaboration sur d'autres territoires au Québec où Pétrolia possède par ailleurs des intérêts", soit l'île d'Anticosti.

Fracturation par gaz

Joyau écologique du golfe du Saint-Laurent, cette île aussi vaste que la Corse regorgerait de 40 milliards de barils d'un pétrole de schistes d'aussi bonne qualité que le Brent de la Mer du Nord.

Pour pomper le pétrole, il faudra le libérer de la roche-mère par la fracturation par injection de gaz naturel (et non d'eau comme c'est le cas généralement), dit M. Proulx en visant un début de la production vers 2016.

En dépit de l'opposition d'une partie de sa base électorale, le gouvernement indépendantiste est favorable à la fracturation: "Nous avons une position d'ouverture prudente", note le ministre Blanchet. Novice dans cette industrie, la province doit se doter d'un cadre législatif spécifique en 2014.