Climat: Chine et USA font des promesses et se fixent de nouveaux délais

Les deux plus grands émetteurs de gaz à effet de serre de la planète, la Chine et les Etats-Unis se sont entendus à Pékin pour se fixer de nouveaux objectifs concernant leurs émissions. La Chine se donne jusqu'à 2030 pour atteindre son pic, alors que les USA s'engagent à diminuer leurs émissions de 26 à 28% pour 2025 par rapport à 2005.
07 août 2015, 14:26
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
La Chine et les Etats-Unis, les deux premiers émetteurs de gaz à effet de serre, se sont fixés mercredi à Pékin de nouveaux objectifs concernant leurs émissions.

Barack Obama et son homologue chinois Xi Jinping, à la tête des deux pays les plus pollueurs de la planète, se sont fixé ensemble mercredi à Pékin de nouveaux engagements pour lutter contre le réchauffement climatique. Cet accord inédit entre Washington et Pékin a été qualifié d'"historique" par le président américain.

Leur annonce répond à l'urgence de parvenir à un accord mondial à la conférence sur le climat fin 2015 à Paris. Premier émetteur mondial, la Chine a pris pour objectif un pic de ses émissions de gaz à effet de serre, responsables de la hausse des températures, "autour de 2030", avec l'intention "d'essayer d'y arriver plus tôt", selon la Maison Blanche.

De leur côté, les Etats-Unis se sont engagés sur une réduction de 26 ou 28% de leurs émissions d'ici à 2025 par rapport à 2005. C'est la première fois que la Chine s'engage sur un pic de ses émissions, c'est-à-dire sur l'année à partir de laquelle celles-ci cesseront d'augmenter et la courbe s'inversera.

La France salue

Lors d'une conférence de presse conjointe avec M. Obama, le président chinois a souligné que Pékin et Washington étaient d'accord pour parvenir à un accord à Paris en 2015. La conférence doit décrocher un accord suffisamment ambitieux pour limiter le réchauffement à 2°C.

La France s'est aussitôt félicitée de l'accord. Le fait que les deux pays les plus pollueurs au monde "aient décidé ensemble de réduire leurs émissions" de gaz à effet de serre "constitue un important pas en avant", a salué le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius dans un communiqué.

"Ambitieux et réalisable"

Les Etats-Unis et la Chine représentent à eux deux plus de 40% du total des émissions de CO2 de la planète. Le constat des scientifiques est sans appel: les efforts actuels sont insuffisants pour limiter la hausse de la température mondiale à +2°C, objectif que s'est fixée la communauté internationale pour éviter un emballement catastrophique des dérèglements climatiques.

L'objectif américain "est à la fois ambitieux et réalisable", a commenté un haut responsable américain sous couvert de l'anonymat. Cet objectif pourrait toutefois se heurter à l'opposition des élus du Congrès américain. Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a immédiatement rejeté l'annonce à Pékin du président Obama, qu'il a qualifiée de "projet irréaliste".

"Politique destructrice d'emplois"

"Cette annonce est un nouveau signal que le président a l'intention de poursuivre sa politique destructrice d'emplois, quel que soit l'impact dévastateur sur le coeur de l'Amérique et sur le pays tout entier", a déclaré le président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner.

Le chef de la majorité républicaine de la Chambre, Kevin McCarthy, a annoncé qu'elle continuerait à voter des mesures pour tenter d'annuler ou de contrecarrer les réglementations environnementales de l'administration.

Pas assez ambitieux

Les climatologues estiment eux que ces engagements ne vont pas assez loin pour s'attaquer au problème du réchauffement climatique.

Les émissions de CO2 par habitant de la Chine dépassent désormais celles de l'UE. La deuxième économie de la planète, également premier marché automobile mondial, est poussée à agir contre le CO2 car la pollution atmosphérique s'est imposée comme un problème majeur dans les métropoles chinoises.

Reste que la Chine représente la moitié de la consommation mondiale de charbon, une source dont elle tire plus de 70% de son énergie, avec une tendance toujours à la hausse: le pays continue en parallèle à bâtir de nombreuses centrales thermiques.

Droits humains

Si Américains et Chinois entretiennent de forts liens économiques et commerciaux, les deux premières économies de la planète s'opposent sur un grand nombre de sujets.

Concernant le contentieux entre les deux pays sur les droits humains, M. Obama a déclaré qu'il continuerait à y avoir "des désaccords" entre Pékin et Washington. Le président chinois a jugé "naturel" que les deux pays aient des divergences en la matière, car partageant "des histoires différentes". "Mais ce qui nous unit est plus important que ce qui nous divise", a-t-il ajouté.