Convoi humanitaire russe: Kiev dénonce une invasion de l'Ukraine

Des camions transportant 1800 tonnes d'aide humanitaire provenant de Moscou sont entrés en Ukraine sans attendre l'accord de Kiev ou l'aval du CICR. Kiev dénonce une "invasion directe" de la part de la Russie, mais a souligné qu'elle n'aurait pas recours à la force.
07 août 2015, 14:07
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Il aura fallu attendre une semaine, entre contrôles, suspicions et négociations, pour que le convoi franchisse la frontière.

Tous les camions du convoi d'aide humanitaire russe sont arrivés dans le bastion rebelle de Lougansk dans l'est de l'Ukraine, selon la télévision d'Etat russe.

Les autorités de Lougansk ont à plusieurs reprises dénoncé une situation humanitaire "critique", la ville étant sans eau courante, sans électricité et sans réseau téléphonique depuis bientôt trois semaines.

Selon un observateur de l'OSCE sur place, Paul Picard, seuls 34 camions ont été inspectés par les gardes-frontières et les douaniers ukrainiens, les autres passant sans aucun contrôle de leur cargaison.

"Véhicules vides"

Alors que Moscou affirme que ses camions transportent 1800 tonnes d'aide humanitaire, les autorités ukrainiennes, dont les gardes-frontières n'ont pu inspecter que 34 des 300 véhicules, évoquent, elles, des "véhicules vides".

"Dans un des (camions) KamAZ qui peut transporter 25 tonnes, nous avons trouvé 800 kilogrammes de thé. Les 33 autres camions étaient chargés au maximum de huit tonnes" d'aide, a assuré le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk.

Pas de frappes aériennes

Kiev a réagi aussitôt: "Nous considérons cela comme une invasion directe de l'Ukraine par la Russie", a condamné le chef du service ukrainien de la sécurité d'Etat (SBU), Valentin Nalivaïtchenko, dans une déclaration à la presse. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour que cela n'ait pas de conséquences plus graves", a assuré le président Petro Porochenko.

Kiev craint que ce convoi, qui se déplace en territoire rebelle en proie à des combats intenses, ne fasse l'objet d'une "provocation" qui pourrait servir de prétexte à une intervention militaire russe.

Responsabilité repoussée

Moscou a pour sa part estimé que "toutes les garanties indispensables" avaient été données et que "l'itinéraire" prévu pour le convoi avait été "vérifié" par le CICR. Ce dernier a indiqué qu'il n'escortait pas le convoi, faute de garantie de sécurité suffisante.

Le président russe Vladimir Poutine en a rajouté une couche lors d'un entretien avec Angela Merkel. Il lui a dit que tout nouveau retard du convoi humanitaire russe aurait été "inacceptable", selon un communiqué du Kremlin.

Washington menace de nouvelles sanctions

Sur le plan diplomatique, le Pentagone a exigé que Moscou retire "immédiatement" son convoi humanitaire sous peine de nouvelles sanctions.

La porte-parole de la diplomatie européenne a également soutenu Kiev. Elle considère que l'entrée du convoi russe constitue une "nette violation de la frontière ukrainienne". "Nous exhortons la Russie à faire marche arrière."

Du côté de l'OTAN, le secrétaire général Anders Fogh Rasmussen a "condamné" l'entrée du "soi-disant" convoi humanitaire russe en Ukraine, jugeant que cette évolution "ne peut qu'approfondir la crise" dans la région. L'OTAN a aussi constaté une augmentation alarmante du nombre de soldats et d'avions russes déployés à proximité de la frontière ukrainienne.

Le Conseil de sécurité de l'ONU devait en outre se réunir vendredi pour aborder ce dernier développement de la crise ukrainienne.

Kiev poursuit son offensive

L'offensive des forces ukrainiennes se poursuivait vendredi dans plusieurs localités autour des fiefs des insurgés de Donetsk et Lougansk, notamment pour le contrôle de la localité stratégique d'Ilovaïsk.

Un porte-parole militaire ukrainien a affirmé que deux colonnes d'équipements militaires lourds russes avaient été aperçues sur la route de Lougansk, dans les localités de Molodogardiïsk et de Davydo-Mykilske.

Consul lituanien tué

Le chef de la diplomatie lituanienne en visite à Kiev a pour sa part annoncé sur son compte Twitter, que le consul honoraire de son pays à Lougansk avait été "kidnappé et tué" par les rebelles prorusses, sans préciser quand le drame est survenu.

Et les insurgés prorusses de l'est de l'Ukraine ont abattu un hélicoptère Mi-24 de l'armée près de Lougansk, provoquant la mort de deux pilotes, a annoncé vendredi un porte-parole militaire ukrainien.