Corruption: 10 ans de prison pour l'ex-Premier ministre croate Ivo Sanader

L'ancien tout puissant Premier ministre croate Ivo Sanader a écopé mardi d'une peine de dix ans de prison dans un procès pour corruption dont les tentacules s'étendent en Hongrie et en Autriche.
06 août 2015, 15:09
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
croatie

"L'inculpé Ivo Sanader est condamné à une peine de dix ans de prison", a déclaré le juge Ivan Turudic, alors que l'ex-chef du gouvernement écoutait, le visage grave, l'énoncé du verdict. Le parquet avait réclamé une peine de 15 ans de prison. L'affaire est étroitement surveillée par l'UE, que Zagreb est appelé à intégrer en 2013.

L'ancien Premier ministre devra également s'acquitter d'une amende de 3,6 millions de kunas (près de 574'000 francs) à "payer à la république de Croatie dans un délai de quinze jours".
 
M. Sanader, 59 ans, qui a dirigé deux gouvernements conservateurs (2003-2009), et dont l'action politique a conduit la Croatie au seuil de l'adhésion à l'Union européenne, est le premier dignitaire de ce rang à être jugé pour corruption dans son pays.
 
Artisan de l'intégration de son pays dans l'OTAN en 2009, il est accusé d'avoir touché plus de douze millions de francs afin d'assurer au groupe MOL le contrôle de la compagnie pétrolière croate INA, sans en posséder la majorité des parts. Le PDG de MOL, Zsolt Hernadi, soupçonné d'avoir versé ce montant à M. Sanader, avait lui été blanchi par la justice hongroise en janvier.
 
Commission de plus de 580'700 francs
 
M. Sanader est également condamné pour avoir illégalement touché plus de 580'700 francs de commission sur un crédit octroyé à la Croatie par la banque autrichienne Hypo Alpe Adria Group pendant le conflit serbo-croate (1991-1995) ayant suivi la proclamation d'indépendance de Zagreb. Il était alors ministre adjoint des Affaires étrangères.
 
Durant le procès, M. Sanader qui a plaidé non coupable, a affirmé être victime d'un "procès politique" et d'une "chasse aux sorcières".
 
Ses avocats avaient demandé son acquittement et souligné que les accusations contre leur client n'avaient pas été prouvées. La justice croate instruit au total cinq dossiers contre M. Sanader pour des affaires de corruption et d'abus de pouvoir.
 
Exclu du parti
 
Peu avant son inculpation en décembre 2010, à la demande de la justice croate, M. Sanader avait été arrêté en Autriche, qui l'a extradé ultérieurement vers son pays. Il a passé une année en détention provisoire, avant d'être libéré sous caution, un mois après le début de son procès en décembre 2011.
 
Ebranlé et éclaboussé par ces scandales, le parti que M. Sanader a conduit au pouvoir en 2003 après quatre ans dans l'opposition, l'a exclu de ses rangs, après avoir perdu les législatives de décembre 2011 au profit de l'actuel pouvoir social-démocrate.
 
La lutte contre la corruption est un domaine surveillé de près par Bruxelles dans ce pays qui est appelée à adhérer à l'Union européenne en juillet 2013.
 
M. Sanader est le deuxième ex-Premier ministre d'Europe du sud-est a être condamné pour corruption, après l'ex-chef du gouvernement roumain Adrian Nastase (2000-2004) qui a écopé en 2012 d'une peine de deux ans de prison ferme, qu'il purge actuellement.