Craintes et espoirs après la mort de Kim Jong-Il

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Il est mort samedi d'une crise cardiaque. Il lègue à son fils Kim Jong-Un un pays certes doté de l'arme nucléaire, mais faisant partie des plus fermés au monde, ainsi qu'une économie moribonde, incapable de nourrir son peuple.
03 août 2015, 22:14
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Lors du décès de Kim Il-Sung, père de Kim Jong-Il, «même les oiseaux avaient pleuré», relevait le régime.

Kim Jong-Il, dont la santé s'était rapidement dégradée après un accident cérébral en 2008, était âgé de 69 ans, selon sa biographie officielle.

Le «Cher leader» ou «Grand leader» dirigeait d'une main de fer depuis la mort de son père, Kim Il-Sung, en 1994, la République populaire démocratique de Corée (RPDC). Une dynastie communiste unique dans l'Histoire, où règnent culte exacerbé de la personnalité, censure, exécutions et internements arbitraires.

Son plus jeune fils Kim Jong-Un, un homme de moins de trente ans dont le monde entier ignorait jusqu'au visage il y a un an, a été désigné pour prendre sa succession, a annoncé l'Agence centrale de presse coréenne (KCNA).

Tir de missile

Un choix qui était attendu, mais qui plonge la communauté internationale dans l'expectative. La confirmation de source gouvernementale sud-coréenne que le Nord a procédé dans la matinée à un tir de missile de courte portée au large de sa côte orientale ne devrait qu'accentuer les craintes dans la région.

Les Etats-Unis, proche allié de la Corée du Sud où ils disposent de quelque 28'500 soldats, ont fait savoir qu'ils surveillaient la situation «de près». Le président américain Barack Obama «a réaffirmé la force de l'engagement des Etats-Unis pour assurer la stabilité de la péninsule coréenne», selon la Maison Blanche.

La mort de Kim survient alors que Washington et Pyongyang avaient relancé leurs consultations directes ces derniers mois au sujet du nucléaire nord-coréen, avec parfois l'intercession de la Chine, l'un des rares soutiens du régime avec la Russie. Moscou et Pékin ont transmis lundi leurs condoléances.

En Corée du Sud, l'armée a été placée en état d'alerte et la surveillance de la frontière ultra-sécurisée avec le Nord, le long de laquelle est stationnée une grande partie des troupes nord- coréennes, a été renforcée. Les deux Corées restent techniquement en état de conflit armé depuis l'armistice précaire signé à l'issue de la guerre de Corée (1950-53).

Entre craintes et espoir

Les Sud-Coréens oscillaient entre craintes et espoir lundi à Séoul. «Je reste sans voix», a déclaré Kwak Bo-Ram, 24 ans, employée d'une organisation non-gouvernementale (ONG). «Je suis à la fois choquée et inquiète.» «Je pense que la Corée du Nord va finalement s'ouvrir beaucoup plus tôt que prévu», espérait quant à lui un homme d'affaires, Ko Jae-Lin, 50 ans.

Le Japon, qui a occupé la péninsule coréenne dans la première moitié du 20e siècle et n'a jamais entretenu de relations diplomatiques avec Pyongyang, a présenté, contre toute attente, ses «condoléances».

Le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy a appelé la Corée du Nord à s'engager pour «la paix et la stabilité» dans la péninsule coréenne. Paris, Berlin et d'autres capitales dans le monde ont dit espérer «qu'un jour le peuple de la Corée du Nord retrouve sa liberté».

Promu ces dernières années à de hautes fonctions militaires et politiques, le futur leader nord-coréen, Kim Jong-Un, est une énigme. On sait très peu de choses de lui, sinon qu'il a effectué une partie de sa scolarité en Suisse. Soucieux d'éviter toute vacance du pouvoir, les médias officiels ont immédiatement appelé les Nord-Coréens à le reconnaître comme leur nouveau leader.

Treize jours de deuil

La mort de Kim Jong-Il ne devrait pas entraîner de «turbulences immédiates dans la politique intérieure et les affaires étrangères du Nord», estime Paik Hak-Soon, du Sejong Institute, un «think-tank» basé à Séoul.
Kim Jong-Il est décédé samedi à 08h30 locales (dimanche 00h30 en Suisse) d'une crise cardiaque dans son luxueux train blindé, au cours d'une tournée d'inspection en province, selon KCNA.

Sa mort a été annoncée à la télévision par une présentatrice en noir. La télévision d'Etat chinoise CCTV a montrés des Nord-Coréens secoués de sanglots, couvrant leurs visages, dans les rues de la capitale plus désertes que d'habitude.

La dépouille du «Cher leader» sera exposée au mausolée de Kumsusan jusqu'à ses funérailles officielles fixées au 28 décembre. Les autorités ont décrété un deuil du 17 au 29 décembre.
 

La présentatrice annonce en pleurs le décès de Kim Jong-Il