Décès de Danielle Mitterrand, veuve de l'ex-président.

Des réactions attristées ont accueilli mardi l'annonce du dècès de Danielle Mitterrand, veuve de l'ancien président François Mitterrand, à l'âge de 87 ans. Née Danielle Gouze, elle s'était surtout fait connaître par une infatigable activité de militante des droits humains, consacrée à la défense des peuples opprimés.
03 août 2015, 19:44
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
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Danielle Mitterrand est décédée à l'hôpital Georges-Pompidou, à Paris, dans la nuit de lundi à mardi, a-t-on appris de sources concordantes. Hospitalisée vendredi, elle avait été placée en coma artificiel, souffrant de problèmes respiratoires.

L'annonce de son décès a suscité l'émotion de la gauche française. Le candidat du Parti socialiste à la présidentielle de 2012 François Hollande a salué "une grande dame (...) qui avait mis son courage et son immense énergie au service de la cause qui valait pour elle, celle des libertés".

"La France perd une conscience"

La patronne du PS Martine Aubry a estimé que "la France perd une conscience qui savait lui parler en face". Elle "avait la force, la noblesse et la générosité des êtres que l'on pensait éternels", écrit la maire de Lille dans un communiqué.

Pour Ségolène Royal, Danielle Miterrand était "au-dessus des partis politiques". "C'est une femme remarquable qui a traversé des souffrances, des vicissitudes, des difficultés et qui a toujours su garder la tête haute, donc c'est un exemple aussi pour les femmes", a dit la présidente PS de la région Poitou-Charentes.

Le président Nicolas Sarkozy a pour sa part salué "le parcours exemplaire d'une femme qui n'abdiqua jamais ses valeurs et poursuivit jusqu'au bout de ses forces les combats qu'elle jugeait justes".

Soutien aux peuples kurde, tibétain, à Cuba, au sous-commandant Marcos (Mexique), partage équitable de l'eau ou dénonciation de l'esclavagisme: les causes qu'elle a ardemment défendues étaient nombreuses.

Résistante précoce

Née le 29 octobre 1924 à Verdun, dans l'est de la France, elle avait rejoint la Résistance à l'Allemagne nazie à 17 ans comme infirmière bénévole.

C'est à Cluny, en Bourgogne, dans la maison familiale où s'est réfugié son père, qu'elle rencontre le capitaine "Morland", alias François Mitterrand, également engagé dans la Résistance. Elle l'épouse le 27 octobre 1944. Ils auront trois enfants: Pascal décédé peu après sa naissance, Jean-Christophe et Gilbert.

Pas seulement "femme de"

Entraînée malgré elle dans le tourbillon de la politique, elle refuse de se laisser enfermer dans le protocole quand son mari est élu président et parvient à utiliser la tribune que lui offre sa place d'épouse du chef de l'Etat pour se consacrer à la défense des droits humains. En 1986, elle crée la fondation France-Libertés, à la tête de laquelle elle a inlassablement multiplié les actions humanitaires.

Elle n'hésitera pas non plus à intervenir en politique intérieure, critiquant le Premier ministre de cohabitation Jacques Chirac ou, plus tard, la politique d'immigration menée par Charles Pasqua alors ministre de l'Intérieur.

Ses initiatives ont parfois placé la diplomatie française en porte-à-faux. Elle restera notamment dans les mémoires pour avoir embrassé Fidel Castro sur les marches de l'Elysée lors de la visite du chef de l'Etat cubain en 1995, provoquant une vague d'indignation.

Militante jusqu'au bout

Après la mort de François Mitterrand en 1996, dont les obsèques seront marquées par la présence de la compagne cachée du défunt, Anne Pingeot, et de leur fille dissimulée Mazarine, Danielle Mitterrand continuera de militer.

Elle a notamment prôné le "non" au référendum sur le projet de Constitution européenne en 2005. En 2007, elle soutiendra Ségolène Royal durant la campagne présidentielle.

Elle a écrit plusieurs livres, dont son best-seller "En toutes libertés" (1996) et "Le livre de ma mémoire" (2007).