Des doutes sur la possibilité d'ouvrir la tombe d'Arafat

L'ouverture de la tombe de Yasser Arafat pour vérifier la thèse d'un empoisonnement au polonium ne serait peut-être pas possible selon des responsables palestiniens.
06 août 2015, 15:02
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
L'Institut de radiophysique du CHUV à Lausanne sera chargé d'effectuer des prélèvements sur les restes de Yasser Arafat (photo archives), dont les causes de la mort restent inconnues. Le président palestinien Mahmoud Abbas l'a décidé.

Un haut responsable palestinien a émis mardi des doutes sur la possibilité de l'ouverture de la tombe de Yasser Arafat à Ramallah. Des spécialistes lausannois sont censés réaliser à la fin du mois des prélèvements sur sa dépouille pour vérifier la thèse de l'empoisonnement au polonium.

"L'Autorité palestinienne veut un protocole d'accord palestino-français pour autoriser l'équipe d'enquête à mener sa mission dans les Territoires palestiniens avec les citoyens palestiniens, parce c'est une question de souveraineté", a déclaré un responsable palestinien proche du dossier, sous couvert d'anonymat. Il a ajouté que l'équipe française "refusait une enquête conjointe à laquelle aurait accès la partie palestinienne".
 
Le neveu de Yasser Arafat et président de la fondation éponyme, Nasser al-Qidwa, a aussi réitéré son "opposition de principe à l'ouverture de la tombe de Yasser Arafat pour prélever des échantillons, notamment parce que des échantillons recueillis huit ans après pourraient ne pas être exploitables médicalement", a indiqué cette source.
 
L'ouverture du mausolée "profanerait le caractère symbolique de Yasser Arafat", a encore affirmé ce responsable, excluant en conséquence "qu'elle puisse avoir lieu le 26 de ce mois", sans pour autant préciser quelles actions juridiques il prendrait si l'Autorité palestinienne passait outre.
 
"L'enquête doit s'inscrire dans un cadre juridique mixte palestino-français en vertu de protocoles d'accord, mais l'enquête d'une partie étrangère porterait atteinte à la souveraineté palestinienne, et je pense que tout Etat la refuserait, quelle que soit la partie extérieure", a-t-il ajouté.
 
Les enquêteurs français chargés d'une instruction sur la mort du dirigeant palestinien historique, à la suite d'une plainte contre X pour assassinat déposée en France par sa veuve, Souha Arafat, et les experts de l'Institut de radiophysique de Lausanne sont attendus normalement à Ramallah, en Cisjordanie, le 26 novembre.
 
Thèse à vérifier
 
La délégation des spécialistes suisses, qui était de passage lundi à Ramallah, a visité le mausolée où repose l'ancien raïs. En septembre dernier, le chef de la commission d'enquête palestinienne Taoufiq Tiraoui avait pourtant annoncé que l'Autorité palestinienne avait "consenti à une ouverture de sa tombe pour prélever des échantillons de sa dépouille si cela est utile pour parvenir à la vérité".
 
La thèse d'un empoisonnement au polonium de Yasser Arafat, dont la mort en 2004 dans un hôpital militaire de la région parisienne n'a jamais été élucidée, a retrouvé du crédit après la diffusion en juillet d'un documentaire sur la chaîne de télévision Al-Jazira.
 
La chaîne qatarie avait fait analyser au laboratoire lausannois des échantillons biologiques prélevés sur les effets personnels d'Arafat confiés alors par sa veuve. Le laboratoire de Lausanne y avait à ce moment-là découvert "une quantité anormale de polonium", substance radioactive hautement toxique qui avait servi notamment en 2006 à l'empoisonnement d'Alexandre Litvinenko, un ancien espion russe devenu opposant au président Vladimir Poutine.