Encore exproprié en Amérique Latine, Madrid réclame un "prix juste"

Le gouvernement espagnol a promis mercredi de réclamer un "prix juste" pour REE, exproprié mardi de sa filiale bolivienne, deux semaines après une décision similaire en Argentine.
05 août 2015, 16:44
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
morales

"Ce genre de décisions ne nous plaît pas", a réagi le ministre de l'économie Luis de Guindos, "car nous pensons qu'il est fondamental de maintenir la sécurité juridique des investissements dans des pays comme la Bolivie".

Pour l'Espagne, c'est la deuxième mésaventure de ce genre en très peu de temps dans ce qui reste sa région de prédilection, l'Amérique Latine.

Tout a commencé en Argentine: le 16 avril, la présidente Cristina Kirchner, ignorant les avertissements de Madrid, a exproprié partiellement la compagnie pétrolière YPF, contrôlée par Repsol à 57,4%. Cette décision a ouvert une crise sans précédent entre l'Espagne et l'Argentine, deux pays traditionnellement amis.

Mardi, c'est le président bolivien Evo Morales qui a apporté un nouveau revers à Madrid. Il a signé un décret pour prendre le contrôle des 99,94% de Transportadora de Electricidad (TDE) détenus par REE (Red Eléctrica Corporacion).

Tandis que Repsol évalue sa part dans YPF à 8 milliards d'euros (9,6 milliards de francs), dans le cas bolivien, l'impact financier est plus limité: de l'aveu-même de REE, cette expropriation n'aura "pas d'effet significatif sur les activités et le compte de résultats du groupe", la filiale n'apportant qu'"environ 1,5%" du chiffre d'affaires.

Soutien de l'UE

Le gouvernement se veut confiant: "ce qu'a garanti le gouvernement bolivien, c'est que l'entreprise sera dédommagée des coûts investis dans le réseau d'électricité", a affirmé Luis de Guindos, et "c'est un élément que le gouvernement va surveiller et il va apporter effectivement son assistance (pour demander) un prix juste pour ces investissements".

Il a reçu mercredi le soutien de Bruxelles, qui attend une "indemnisation rapide et adéquate" dans cette affaire.

"On se paie notre tête!", s'est pour sa part insurgé Arturo Fernandez, vice-président de l'organisation patronale CEOE et désormais, "il semble que l'Espagne soit le méchant du film".

"Le gouvernement doit prendre des mesures fortes", a-t-il estimé car sinon "après cela peut venir de l'Equateur, du Venezuela: nous avons investi beaucoup d'argent, notre travail, notre effort, et nous avons réglé beaucoup de problèmes économiques dans ces pays, pour que maintenant ils nous traitent de cette manière...".

"Morales a interprété l'expropriation d'YPF comme un signe de faiblesse du gouvernement espagnol", renchérit le journal "El Pais". L'image à l'étranger est cruciale pour l'Espagne en récession, car c'est justement le dynamisme de ses exportations qui compense en partie la faible consommation des ménages.