Enfant syrien noyé: "quand je l'ai vu, je suis restée figée"

La journaliste qui a pris les photos d'un enfant syrien de trois ans mort sur une plage de la station balnéaire turque de Bodrum, témoigne et s'explique.
08 sept. 2015, 17:03
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Le corps du petit Ayral Kurdi est emporté par un officier de police para-militaire.

La journaliste à l'origine des photos d'un enfant syrien de trois ans qui ont horrifié le monde a confié jeudi avoir été "glacée" lorsqu'elle a aperçu son corps sur une plage de la station balnéaire turque de Bodrum. Selon un sauveteur, lui, son frère de 5 ans et leur mère venaient de la ville kurde de Kobané.

"Quand je l'ai vu, je suis restée figée, glacée. Il n'y avait malheureusement plus rien à faire pour cet enfant. J'ai fait mon métier", a témoigné la photographe de l'agence de presse privée Dogan, Nilüfer Demir, sur la chaîne d'information CNN-Türk.

"Nous nous baladons régulièrement sur ces plages depuis quelques mois. Mais hier c'était différent. Nous avons d'abord vu le corps inanimé du plus petit garçon, puis celui de son frère aîné. En les photographiant, j'ai simplement voulu refléter le drame de ces gens", a-t-elle ajouté avec pudeur.

Le premier enfant, Aylan Kurdi, vêtu d'un maillot rouge et d'un short bleu, gisait le visage contre le sable de la plage de Bodrum. La journaliste a ajouté que le corps de son frère, Galip, cinq ans, et celui de leur mère, Rehan, ont été retrouvés sur la même plage.

Morts en tentant de rallier Kos

Ils sont morts dans le naufrage de leur embarcation, dans la nuit de mardi à mercredi, qui tentait de rallier depuis Bodrum l'île grecque de Kos, porte d'entrée dans l'Union européenne (UE), comme des milliers d'autres réfugiés avant eux.

Selon un sauveteur turc, les trois victimes sont originaires de la ville kurde de Kobané, dans le nord de la Syrie, assiégée pendant plusieurs mois par le groupe djihadiste Etat islamique (EI) avant d'être reprise en janvier par les forces kurdes.

Le père veut les enterrer à Kobané

Cette famille syrienne souhaitait rejoindre le Canada, où certains de leurs proches sont déjà établis, a rapporté la presse canadienne. Selon l'édition en ligne du Ottawa Citizen qui cite une proche, le père de cette famille, Abdullah, qui a survécu au naufrage, a confié vouloir rentrer à Kobané pour y enterrer sa femme et ses deux enfants.

Les images choc des deux enfants noyés ont fait le tour du monde relayés par les réseaux sociaux et largement reprises par la presse européenne.

"Jamais je n'ai pensé que ces images feraient un tel effet", a affirmé Nilüfer Demir, expliquant avoir déjà photographié des migrants noyés sur les plages turques.