FARC et gouvernement colombien promettent la paix d'ici six mois

Le gouvernement colombien et les FARC ont signé mercredi un accord sur le sort judiciaire des combattants, point crucial des pourparlers sur le chemin de la paix promise "au plus tard dans six mois".
24 sept. 2015, 08:08
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Les négociations de paix sont en négociations depuis trois ans à la Havane. ans.

Le gouvernement colombien et les FARC ont franchi mercredi un pas décisif vers la paix, en signant un accord sur le sort judiciaire des combattants, point crucial des pourparlers. La paix sera signée "au plus tard dans six mois", a déclaré le président colombien Juan Manuel Santos.

"C'est un pas énorme", a-t-il ajouté après sa poignée de main historique avec le numéro un de la rébellion Timoleon Jiménez, dit "Timochenko" lors d'une cérémonie à La Havane, où se déroulent les négociations de paix depuis trois ans. Le chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a, de son côté, dit espérer atteindre un accord de paix "beaucoup plus rapidement".

Un peu plus tôt, les deux hommes s'étaient entretenus pendant une demi-heure, une rencontre inédite en compagnie du président cubain Raúl Castro, pour donner un élan décisif à la résolution du plus ancien conflit d'Amérique latine, qui a fait depuis 1964 au moins 220'000 morts et des millions de déplacés.

Le chef de la diplomatie américaine John Kerry a félicité les deux parties pour ce qu'il a qualifié de "percée majeure". "La paix se rapproche désormais", a déclaré le secrétaire d'Etat dans un communiqué.

"Le temps de la paix est arrivé"

"Ce ne sera pas une tâche facile parce qu'il y a encore certains points difficiles sur lesquels se mettre d'accord. Mais c'est une instruction que nous avons donnée à nos délégations, de parvenir à un accord dès que possible", a déclaré le président Santos. "Nous n'échouerons pas. Le temps de la paix est arrivé."

A l'issue de cette réunion, les délégués des pays médiateurs, Cuba et Norvège, ont lu un communiqué annonçant que les délégations avaient conclu un accord sur "une juridiction spéciale pour la paix".

Selon ce texte, cette juridiction vise à "mettre fin à l'impunité, à obtenir la vérité, à contribuer à la réparation aux victimes et à juger et à appliquer des sanctions contre les responsables de graves crimes commis pendant le conflit armé".

Parmi ces crimes figurent "les crimes contre l'humanité, le génocide et les crimes de guerre tels que la prise de prisonniers ou autres privations aggravées de liberté, la torture, le déplacement forcé, la disparition forcée, les exécutions extrajudiciaires et la violence sexuelle". En revanche, une amnistie est prévue pour les crimes "politiques ou connexes" dont la portée sera définie par une loi.

La justice et le sort réservé aux auteurs de crimes de guerre sont un volet capital des pourparlers de paix, les parties s'accusant mutuellement d'avoir commis des atrocités.

Armes et paix

Auparavant, les parties avaient conclu des accords partiels sur la réforme agraire, la participation des anciens rebelles à la vie politique et la fin du commerce de la drogue. Les deux camps sont également parvenus à se mettre d'accord pour enlever les mines du champ de bataille.

Après le volet "réparation aux victimes" qui inclut la justice, deux autres thèmes restent à l'agenda des pourparlers: l'abandon des armes et la ratification d'un accord de paix définitif.

Le président colombien ne s'était jamais rendu à la table des négociations de La Havane depuis le début des négociations engagées il y a près de trois ans. C'est aussi la première fois depuis 14 ans qu'un président colombien rencontrait le plus haut dirigeant des FARC, dont le vrai nom est Rodrigo Londoño Echeverri.

A 56 ans, celui-ci fait l'objet d'une centaine de mandats d'arrêt pour homicide aggravé, terrorisme, enlèvement et rébellion, spécialement suspendus à l'occasion de son déplacement à Cuba. Il dirige les FARC depuis 2011.

Les Forces armées révolutionnaires de Colombie, la plus importante guérilla du pays, ont compté jusqu'à 17'000 hommes dans leurs rangs à leur apogée. Elles n'en ont aujourd'hui plus que 7000.

Depuis le 20 juillet, les FARC observent un cessez-le-feu unilatéral, se réservant le droit de répliquer en cas d'attaque de l'armée. De son côté, le gouvernement a ordonné la suspension des bombardements contre la guérilla et envisage d'autres mesures pour favoriser une "désescalade" du conflit.