France: Cazeneuve, le ministre de l'intérieur, nie avoir caché la mort du manifestant Rémi Fraisse

Le ministre de l'intérieur français a-t-il cherché à cacher la mort de Rémi Fraisse, un manifestant tué par une grenade offensive le 26 octobre? Bernard Cazeneuve nie fermement. Un enregistrement de la police a mis le feu aux poudres.
07 août 2015, 14:26
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Depuis la mort de l'activiste écolo, les manifestations se multiplient en France. Elles ont redoublé depuis la diffusion de l'enregistrement.

Le ministre de l'Intérieur français Bernard Cazeneuve s'est défendu jeudi d'avoir caché pendant 48 heures qu'une grenade offensive avait tué le militant écologiste Rémi Fraisse lors d'une manifestation. Il a affirmé ne pas en avoir été informé immédiatement par le préfet ou la gendarmerie.

Selon des informations du journal "Le Monde" et du site "Mediapart", qui ont eu accès à l'enregistrement des conversations des gendarmes présents sur le site du barrage de Sivens dans le Tarn (sud) dans la nuit du 25 au 26 octobre, les forces de sécurité ont eu très vite conscience qu'une grenade avait tué le jeune homme de 21 ans.

"Il est décédé, le mec... Là, c'est vachement grave. Faut pas qu'ils le sachent", dit l'un des gendarmes, la dernière phrase visant, selon le service de communication de la gendarmerie cité par le "Monde", les manifestants.

Enregistrements inconnus

Sur France Inter, le ministre de l'Intérieur a déclaré qu'il avait souhaité que la justice communique au plus tôt sur cette affaire, mais qu'elle ne "l'a pas fait".

M. Cazeneuve a précisé que les enregistrements de l'opération effectués par les gendarmes "n'ont jamais été portés" à sa connaissance, mais "à la connaissance de ceux qui font l'enquête", c'est-à-dire à l'autorité judiciaire.

Il a ajouté n'avoir appris que "dans la matinée de dimanche qu'il y avait eu un mort à Sivens", de son cabinet, mais "également du directeur général de la gendarmerie". Il dit ne pas avoir été informé de la cause exacte de la mort. Le directeur de la gendarmerie, le général Denis Favier, avait déjà précisé dans plusieurs médias avoir alerté le parquet à deux heures du matin, soit vingt minutes après les faits.

Jeudi toujours, lors d'une conférence de presse, M. Cazeneuve a annoncé l'interdiction de l'utilisation par la gendarmerie des grenades offensives, dont un exemplaire a provoqué le décès de Rémi Fraisse,

Vague d'émotions

La mort de Rémi Fraisse a suscité une vague d'émotion dans tout le pays et a donné lieu à des manifestations contre les violences policières qui ont parfois dégénéré. La famille du jeune militant en a appelé à François Hollande, qui a promis de faire toute la lumière sur l'action des forces de l'ordre.

Les proches ont aussi demandé par la voix de leur avocat, Arié Alimi, pourquoi "le préfet du Tarn a appelé à une extrême sévérité à l'égard des manifestants du barrage de Sivens" et pourquoi "des militaires en si grand nombre et surarmés étaient présents en face du rassemblement pacifique auquel Rémi participait".

Critiqué par les écologistes et une partie de la gauche, Bernard Cazeneuve a affirmé ces derniers jours avoir donné au contraire des consignes de modération. "J'ai donné des instructions contraires", a-t-il répété mercredi à l'Assemblée.