France: Claude Guéant mis en examen

L'ex-ministre Claude Guéant a été mis en examen samedi pour faux et usage de faux et blanchiment de fraude fiscale en bande organisée, selon le parquet national financier.
07 août 2015, 15:10
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Claude Guéant était l'homme de confiance de Sarkozy durant les présidentielles de 2007.

Cela concerne la vente de tableaux flamands, dans le cadre de l'enquête ouverte sur des soupçons de financement par la Libye de la campagne présidentielle de M. Sarkozy en 2007.

L'ancien ministre UMP de l'Intérieur avait été entendu au pôle financier du tribunal de grande instance de Paris à l'issue d'une garde à vue entamée vendredi à l'aube à l'office anticorruption (Ocliff) de Nanterre.

Les juges financiers parisiens s'interrogent notamment sur la découverte lors d'une perquisition en février 2013 d'un virement de 500'000 euros sur le compte de l'ancien ministre de l'Intérieur. Claude Guéant avait justifié ce virement - provenant d'un compte à l'étranger - par la vente en 2008 à un avocat malaisien de deux tableaux d'un peintre flamand du XVIIe, Andries van Eertvelt. Mais des experts avaient contesté la valorisation de ces oeuvres.

Mouvements de fonds suspects?

Les enquêteurs se demandent si cette vente de tableaux ne cache pas des mouvements de fonds suspects.

"C'est une opération qui est strictement privée (...) cela n'a strictement rien à voir avec la Libye", avait assuré M. Guéant à l'AFP lorsque l'affaire des tableaux flamands avait été révélée. "Au moment des perquisitions j'ai dit, je l'ai fait inscrire au procès verbal, que j'avais les justificatifs". Selon une source proche du dossier, l'enquête s'attache notamment à tracer des flux financiers avec l'étranger.

Les liens de Claude Guéant, qui avait notamment joué un rôle central dans les tractations avec d'anciens responsables libyens, comme l'ex-bras droit de Kadhafi, Bachir Saleh, ayant conduit à la libération des infirmières bulgares, comptent également parmi les interrogations des enquêteurs. Bachir Saleh serait en Afrique du Sud et les juges français veulent l'entendre.

Document publié par "Mediapart"

Après de premières accusations de dignitaires kadhafistes dès 2011, les accusations d'un financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy avaient été relancées de manière spectaculaire entre les deux tours de la présidentielle de 2012, lorsque le site "Mediapart" a publié un document évoquant un accord du régime libyen de Mouammar Kadhafi pour financer M. Sarkozy, dont ce dernier assure qu'il s'agit d'un "faux grossier".

Attribué à Moussa Koussa, ex-chef des renseignements extérieurs libyens, ce document affirme que Tripoli avait accepté de financer pour "50 millions d'euros" la campagne 2007. Moussa Koussa a également qualifié ce document de "faux". Mais "Mediapart" défend avec force la thèse de l'authenticité, s'appuyant notamment sur une expertise selon laquelle la signature au bas du document est bien celle de Moussa Koussa.

Elle est distincte de celle confiée en avril 2013 à des juges sur le financement libyen présumé de Nicolas Sarkozy. Celle-ci est ouverte notamment pour "corruption active et passive" et "trafic d'influence", et confiée aux juges Serge Tournaire et René Grouman.

L'entourage de M. Guéant a relevé le caractère vexatoire de l'envoi à l'aube de policiers au domicile de l'ancien ministre de l'Intérieur vendredi. C'est sa troisième garde à vue après celles ordonnées dans les affaires de l'arbitrage Tapie et des primes en liquide qu'il a perçues quand il était directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, au ministère de l'Intérieur.