France: Martine Aubry attaque la politique économique de François Hollande

Lors d'un entretien publié par le "Journal du Dimanche", Martine Aubry a vivement critiqué la politique économique menée par François Hollande. L'ancienne première secrétaire du parti socialiste a demandé "qu'on réoriente la politique économique" du pays.
07 août 2015, 14:21
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
La maire de Lille, Martine Aubry, se pose en chef des députés socialistes frondeurs.

L'ancienne première secrétaire du parti socialiste Martine Aubry a étrillé la politique économique du président français et de son premier ministre, dans un entretien publié par le "Journal du Dimanche". L'actuelle maire de Lille se pose clairement en chef des députés socialistes frondeurs.

"Je demande qu'on réoriente la politique économique (...) (Il faut) emprunter le bon chemin dans les deux ans qui viennent" faute de quoi la gauche va "échouer", lance-t-elle en direction de François Hollande. Celui-ci l'avait battue lors des primaires de 2011 organisée par le PS pour désigner son candidat à l'élection présidentielle.

Plutôt discrète depuis le début du quinquennat du président Hollande, la maire socialiste de Lille semble être passée à l'offensive en publiant également sur internet sa contribution aux Etats généraux du PS. Elle plaide pour "une nouvelle social-démocratie", un projet qui n'est "ni le libéralisme économique, ni le social-libéralisme".

Ce texte est signé à ce stade par 34 responsables socialistes, parmi lesquels des frondeurs comme des élus locaux, deux ex-ministres mais aussi des députés non étiquetés "frondeurs". Si l'ancienne ministre admet que l'exécutif a accompli quelques "bonnes choses", tout le reste de l'interview est un réquisitoire contre l'action de M. Hollande et de son premier ministre, Manuel Valls.

"Inflexion de la politique"

"Nous avions prévu qu'à mi-mandat, la croissance serait revenue, le chômage en repli et les déficits réduits en deçà de 3 %. Ce n'est pas le cas. Il nous faut trouver au plus vite le bon réglage des politiques économiques qui permettra de sortir la France de la crise. Et puis, il nous faut refaire de la politique", assène-t-elle à la veille du vote de la partie recettes du budget pour 2015.

"Regardons la vérité en face. La politique menée depuis deux ans, en France, comme presque partout ailleurs en Europe, s'est faite au détriment de la croissance", affirme la fille de Jacques Delors, l'ancien président de la Commission européenne (1985-1994). "Je demande une inflexion de la politique entre la réduction des déficits et la croissance", poursuit-elle.

Outre le fond de la politique menée, les critiques portent sur la gouvernance Hollande elle-même. "On ne mobilise pas un pays sur la seule gestion financière" et il faut "donner la destination du voyage", déplore Mme Aubry qui, en privé, ne perd jamais une occasion de critiquer M. Hollande.

Candidate au... débat d'idées

Surtout, Martine Aubry dit pour la première fois publiquement "partager (les) propositions" des frondeurs socialistes.

"J'espère que la prise de conscience sera là, que le débat aura lieu. En tout cas, plus on sera nombreux à le dire à gauche - élus nationaux ou locaux, mais aussi dans la société civile - plus on aura une chance d'être entendus", lance-t-elle en guise d'avertissement. Pourtant, promis juré, elle n'est "candidate" à rien d'autre qu'au "débat d'idées".