Fukushima: le rapport officiel accable les autorités japonaises

Le rapport officiel sur la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima a été rendu aujourd'hui et affirme que le gouvernement nippon et la société TEPCO ont ignoré les risques.
06 août 2015, 10:28
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Le gouvernement et TEPCO croyaient au mythe de la sécurité nucléaire.
Un nouveau rapport officiel a sévèrement mis en cause lundi le gouvernement japonais et la compagnie TEPCO dans l'accident nucléaire de Fukushima.
 
Il accuse les autorités nippones d'avoir ignoré les risques et pointe du doigt leurs erreurs dans la gestion de la catastrophe.
 
"Le problème principal provient du fait que les compagnies d'électricité, dont TEPCO, et le gouvernement n'ont pas perçu la réalité du danger, car ils croyaient au mythe de la sécurité nucléaire au nom duquel un accident grave ne peut se produire dans notre pays", ont souligné les membres de la commission d'enquête.
 
Commandé par le gouvernement lui-même, ce volume accablant de 450 pages a été publié au moment où le pays s'interroge sur l'avenir d'une filière nucléaire. Un secteur qui provoque de plus en plus d'hostilité dans la population.
 
Le comité intégrant des ingénieurs, chercheurs, juristes et journalistes a rendu lundi ses conclusions à l'issue d'entretiens avec 772 personnes impliquées avant ou pendant l'accident.
 
"Gestion de la crise déficiente"
 
Le Premier ministre Naoto Kan, en fonction lors de la catastrophe intervenue le 11 mars 2011 à la centrale Fukushima Daiichi (nord-est du Japon) figure également dans la liste des personnes interrogées.
 
Ses interventions directes dans la gestion opérationnelle de l'accident sont notamment critiquées. Celles-ci ont "fait plus de mal que de bien, car cela a pu entretenir la confusion, empêcher de prendre des décisions importantes et entraîner des jugements erronés", assènent les experts.
 
Les autorités et TEPCO n'ont pas pris les mesures adéquates pour gérer cette catastrophe et empêcher l'accident nucléaire, après un séisme de magnitude 9 et le tsunami qui a submergé les installations, déplore encore le rapport gouvernemental.
 
Il dénonce une "gestion de la crise déficiente, une structure organisationnelle peu adaptée aux situations d'urgence et une formation insuffisante du personnel en cas d'accident grave".
 
Les experts auraient souhaité que la compagnie "réforme en profondeur son système de formation afin d'améliorer la capacité de son personnel à lutter contre l'accident" toujours en cours.
 
Lenteurs pour "identifier les causes"
 
Seize mois après le début du désastre, les émissions radioactives sont toutefois infiniment plus faibles qu'à la mi-mars 2011 et des systèmes de refroidissement en circuit fermé ont pu être remis en place sur les réacteurs.
 
Tout danger ne peut en revanche être complètement écarté, les installations restant fragiles après les explosions qui ont frappé les bâtiments au début de la crise. De fréquents tremblements de terre continuent de surcroît de secouer la région de Fukushima.
 
Le rapport accuse par ailleurs TEPCO de retarder les procédures permettant "d'identifier les causes de l'accident", ce qui empêche l'industrie nucléaire nippone d'en tirer les conclusions adéquates.
 
TEPCO continue de prétendre que la puissance du séisme et l'ampleur du tsunami dans le nord-est avaient dépassé toutes les prévisions et n'avaient pu être envisagées.
 
"Un désastre créé par l'homme"
 
Un autre rapport, commandé par le Parlement et publié le 5 juillet, avait déjà fustigé l'attitude des autorités, jugeant que la catastrophe avait été "un désastre créé par l'homme" et pas simplement provoqué par le séisme et le tsunami.
 
L'accident de Fukushima, le pire du secteur depuis celui de Tchernobyl (Ukraine) en 1986, a provoqué d'importantes émissions radioactives dans l'air, les eaux et les sols de la région de la centrale. Celle-ci se trouve à 220 km au nord-est de Tokyo. Au total, une centaine de milliers de personnes ont dû être évacuées de leur domicile.
 
La quasi-totalité des 50 réacteurs du Japon sont actuellement à l'arrêt, soit à cause d'un séisme passé, soit en raison de nouvelles exigences de sécurité qui nécessitent des travaux dans les centrales.