Israël sous le choc après la dernière provocation des juifs ultra-orthodoxes

Survivants de l'Holocauste et dirigeants politiques ont fait part de leur indignation dimanche, au lendemain d'une manifestation au cours de laquelle des juifs ultra-orthodoxes ont arboré l'étoile jaune et fait porter à des enfants l'uniforme rayé des prisonniers des camps de concentration nazis.
03 août 2015, 23:30
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
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Quelques milliers de juifs ultra-orthodoxes avaient ainsi défilé samedi soir dans le quartier extrémiste de Mea Shearim à Jérusalem, pour protester contre ce qu'ils affirment être une campagne de l'Israël laïque contre leur mode de vie.

Les plus extrémistes du mouvement ultra-orthodoxe, qui se qualifient eux-mêmes de "harédim" (les "craignant Dieu") et prônent la stricte séparation des sexes. Ils sont dénoncés par l'Israël laïque pour leurs tentatives croissantes d'imposer l'interdiction de la mixité dans les bus, sur les trottoirs des villes et dans d'autres espaces publics.

Le dernier épisode de cette confrontation croissante entre les laïques et la frange la plus extrémiste de la société israélienne, très minoritaire, s'est déroulé à Beit Shemesh, ville nouvelle à l'ouest de Jérusalem, où les religieux sont les plus nombreux: c'est là qu'une petite fille de huit ans, pourtant elle-même scolarisée dans une école religieuse, s'est fait cracher dessus et insulter par des ultra-orthodoxes qui la jugeaient vêtue de façon "immodeste".

Depuis, face aux larmes de cette enfant, Israël s'est embrasé, le débat, récurrent dans le pays, a repris de plus belle, et des manifestations ont eu lieu au cours desquelles laïcs et religieux ont défilé côte-à-côte contre l'intolérance.

Mais samedi soir, lors de la manifestation des "ultras", des enfants, coiffés des traditionnelles longues boucles des enfants juifs religieux, avaient été vêtus de l'uniforme rayé de sinistre mémoire. L'un de ces petits garçons, défilant les mains levées, venait quant à lui rappeler cette image terrible et célébrissime d'un enfant à l'étoile jaune, photo prise lors d'une rafle dans le ghetto de Varsovie.

Yad Vashem, le mémorial de l'Holocauste, a immédiatement réagi, jugeant "détestable" l'utilisation de la symbolique de la déportation et du génocide. Une condamnation partagée par les associations de survivants et des responsables politiques.

Six millions de juifs furent exterminés par le régime nazi et ses satellites pendant la deuxième guerre mondiale. Quelque 200.000 survivants vivent aujourd'hui en Israël.

"Nous qui avons survécu et vécu ces crimes nazis sommes particulièrement choqués de voir les manifestants utiliser sans honte aucune des enfants dans cet outrage public. Ils ont insulté la mémoire de toutes les victimes juives, y compris celles qui étaient ultra-orthodoxes", a dénoncé Elan Steinberg, vice-président du Rassemblement américain des survivants de l'Holocauste et de leurs descendants.

La cheffe de l'opposition Tzipi Livni a appelé les dirigeants ultra-orthodoxes à condamner ces actes. "C'est une atteinte terrible à la mémoire des victimes de l'Holocauste, qui furent contraints, laïques et ultra-orthodoxes également, de porter l'étoile jaune dans le ghetto, en route vers leur extermination. Aucune manifestation au monde ne peut justifier cela".