Italie: vers une paralysie au parlement?

A la fermeture des bureaux de vote, toutes les hypothèses étaient encore ouvertes en Italie. La gauche pourrait l'emporter à la Chambre des Députés alors que Silvio Berlusconi pourrait triompher au Sénat. Le mouvement de Beppe Grillo réalise un raz-de-marée.
07 août 2015, 11:02
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
L'humoriste Beppe Grillo et son mouvement cinq étoiles deviendraient le premier parti de la chambre haute.

L'incertitude régnait lundi sur l'issue des élections italiennes. Le centre-gauche était donné en tête à la Chambre des députés, alors que le camp de Silvio Berlusconi pourrait l'emporter au Sénat. Le scrutin a également été marqué par la percée du mouvement contestataire 5 Etoiles (M5S).

A la fermeture des bureaux de vote, les sondages à la sortie des urnes ont annoncé une victoire du centre-gauche dans les deux chambres. Les projections diffusées un peu plus d'une heure plus tard ont prédit que le centre-droit l'emporterait de justesse au Sénat, avant que de nouvelles projections redonnent de peu l'avantage au centre-gauche.

A la chambre des députés, la coalition de gauche emmenée par le Parti démocrate (PD) de Pier Luigi Bersani récolterait 34,5% à 37% des votes, devançant la droite de Silvio Berlusconi (29% à 31%). La gauche aurait ainsi la majorité absolue des sièges à la Chambre des députés, dont le système électoral donne une prime à la coalition arrivée en tête.

Sénat incertain

Au Sénat, en revanche, c'est la bouteille à encre. Les deux chaînes donnent la droite en tête avec 31,3 à 31,6%, contre 29,2% à 30,1% pour le centre-gauche. Mais des projections de Mediaset, l'empire des médias de la famille Berlusconi, créditent la gauche de 32%, devant le centre-droit (29,7%).

Une avance en voix qui ne se traduirait pas pour autant automatiquement en une majorité en sièges, car le système électoral du Sénat, très complexe, accorde une prime majoritaire au niveau de chaque région.

Mais les sondages donnent la droite en tête dans les principaux "Swing States" (Etats pivots), comme la Lombardie, la Sicile ou la Campanie.

Boom du vote protestataire

Sondages et projections s'accordent en revanche pour souligner la percée du Mouvement 5 Etoiles de l'ancien comique Beppe Grillo. Cette formation contestataire obtiendrait plus de 24% des voix pour le Sénat, devenant selon certains instituts le premier parti de la chambre haute, au coude-à-coude avec le Parti démocrate (PD) de M. Bersani.

A la Chambre des députés, le M5S obtient environ 20% des suffrages. Il devance largement la coalition centriste emmenée par le chef du gouvernement sortant Mario Monti, qui n'arrive qu'en 4e position avec moins de 10% des voix.

Après avoir voté lundi vers 11h00 entouré d'une foule de journalistes, Beppe Grillo a lancé: "L'histoire va changer un peu, on verra comment".

Au-delà des clivages

Catalyseur du malaise social d'un pays en pleine récession économique, il a séduit au-delà des clivages droite-gauche avec un programme jugé "populiste" par ses adversaires: fin du financement public des partis politiques, coupes sombres dans le nombre d'élus, revenu minimum de 1000 euros et référendum sur l'euro.

La crise et les mesures d'austérité imposées ces quinze derniers mois par le gouvernement technique de Mario Monti ont d'ailleurs énormément pesé sur ces élections. Parti sous les huées en novembre 2011, Silvio Berlusconi a effectué une remontée spectaculaire en promettant d'abaisser les impôts et même de rembourser une taxe foncière rétablie par le gouvernement Monti.

Quant au "Professeur" qui jouissait d'une solide popularité pour avoir rétabli la crédibilité de l'Italie, il a pâti des effets de sa politique d'austérité.

Craintes des marchés

La perspective de majorités opposées dans les deux chambres du parlement alimente les craintes des marchés financiers, qui redoutent plus que tout une instabilité gouvernementale dans la troisième économie de la zone euro, en récession et affligée d'une dette colossale (plus de 120% du PIB).

La Bourse de Milan est d'ailleurs tombée dans le rouge (-0,10%) aussitôt après la publication de projections favorables à la droite au Sénat.

Le taux de participation s'est établi à 75,41% pour le vote à la Chambre des députés et à 74% au Sénat, selon les derniers chiffres disponibles, en baisse de plusieurs points par rapport au scrutin de 2008.