John Kerry joue les démineurs pendant sa visite en Turquie

John Kerry a joué les démineurs dimanche à Istanbul, première étape d'une tournée internationale de dix jours au Proche et au Moyen-Orient. Après un appel lancé à l'Iran, le chef de la diplomatie américaine a pressé la Turquie et Israël de normaliser leur relations.
07 août 2015, 11:12
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Le Secrétaire d'Etat américain John Kerry, gauche, et le premier ministre turque Tayyip Erdogan prennent la pause à l'issue de leur rencontre officielle à Istanbul.

Le Secrétaire d'Etat américain a insisté sur le rôle "clé" qu'Ankara pouvait jouer dans la relance du processus de paix, aujourd'hui gelé, entre l'Etat hébreu et les Palestiniens.

Quinze jours après le brusque réchauffement opéré à l'initiative de Barack Obama, John Kerry a souhaité un retour à la normale le plus rapide possible entre Ankara et Tel Aviv, deux des principaux alliés de Washington dans la région.

"Ce n'est pas aux Etats-Unis d'en poser les conditions ou les termes (mais) nous voulons que cette relation, qui est importante pour la stabilité du Moyen-Orient et même cruciale pour le processus de paix lui-même, revienne à la normale", a déclaré M. Kerry devant la presse à l'issue d'un entretien avec son homologue turc Ahmet Davutoglu.

Des compensations à discuter

Sous la pression des Etats-Unis, le Premier ministre Benyamin Netanyahu a présenté le 22 mars les excuses de son pays pour la mort de neuf ressortissants turcs par l'armée israélienne lors de l'assaut, en 2010, d'un navire humanitaire en route pour Gaza.

Ce geste a relancé les relations entre les deux pays, gelées de fait depuis cet incident. Des discussions sur le versement de dommages et intérêts aux familles des victimes turques doivent débuter la semaine prochaine.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, qui a reçu M. Kerry après son entretien avec M. Davutoglu, a prévenu que la qualité de la relation entre les deux pays dépendrait largement de l'attitude de l'Etat hébreu.

Le temps presse pour l'Iran

Pour les Etats-Unis, un rapprochement avec la Turquie permettrait à Israël de sortir de son isolement diplomatique dans la région alors que l'Etat hébreu craint un débordement du conflit en Syrie et se sent surtout menacé par le programme nucléaire iranien.

John Kerry s'est d'ailleurs adressé à Téhéran dès son arrivée sur le sol turc. S'il a estimé que les négociations doivent continuer malgré le peu d'avancées enregistré vendredi et samedi lors du dernier cycle de pourparlers au Kazakhstan, il a prévenu que "ce n'est pas un processus interminable" et que le temps presse.

Nouvelle réunion sur la Syrie

La situation en Syrie a également été au coeur des discussions entre John Kerry et son homologue turc. Les deux diplomates ont annoncé la tenue prochaine d'une nouvelle réunion des "Amis de la Syrie".

Evoquant la crise syrienne, M. Kerry a indiqué avoir insisté auprès de la Turquie pour qu'elle maintienne ses frontières ouvertes aux réfugiés syriens, après des heurts survenus fin mars dans un camp. Selon certaines informations, des réfugiés syriens avaient alors été renvoyés dans leur pays, ce que la Turquie a formellement démenti.

La Turquie accueille près de 200'000 Syriens qui ont fui les combats entre l'armée fidèle au président Bachar al-Assad et les rebelles. Le conflit syrien vient d'entrer dans sa troisième année.

Cap sur Israël

Sitôt son entretien avec M. Erdogan terminé, John Kerry a mis le cap sur Israël et la Cisjordanie pour une étape de trois jours. Il est arrivé dimanche après-midi à Tel-Aviv et devait se rendre directement à Ramallah (Cisjordanie) pour des entretiens avec le président palestinien Mahmoud Abbas. Lundi ou mardi, il doit s'entretenir avec le chef du gouvernement israélien Benjamin Netanyahu.