L'ancien trader d'UBS Kweku Adoboli condamné à sept ans de prison

L'ancien "trader voyou" d'UBS, Kweku Adoboli, a été reconnu coupable d'une fraude ayant coûté quelque 2 milliards de dollars au numéro un bancaire helvétique, la plus grosse de l'histoire britannique. Il écope d'une peine de sept ans de prison.
06 août 2015, 15:09
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
kwekuadoboli

Le tribunal londonien de Southwark a jugé M. Adoboli, âgé de 32 ans et d'origine ghanéenne, coupable de deux chefs d'accusation de fraude, passible de dix ans de prison en Grande-Bretagne. Il l'a, en revanche, acquitté des quatre autres chefs de manipulations comptables qui pesaient sur lui.

"Vous avez tout d'un joueur. Vous étiez arrogant au point de penser que les règles qui s'appliquent aux traders ne vous concernaient pas", a déclaré le juge en prononçant la sentence face à un Kweku Adoboli essuyant ses larmes, à l'issue d'un procès entamé le 10 septembre.
 
"La somme est ahurissante et a eu un énorme impact sur la banque mais aussi sur ses employés, actionnaires et investisseurs. Cela ne fut pas un crime sans victime", a relevé Andrew Penhale, chef-adjoint du département fraude du parquet.
 
Dans un communiqué, UBS, dont le cours de Bourse avait chuté de plus de 10% le jour de l'annonce de la fraude le 15 septembre 2011, se dit "ravie que la procédure pénale soit parvenue à sa conclusion". La banque aux trois clefs salue le "professionalisme" de la police et des autorités britanniques.
 
Opérations fictives
 
Qualifiant M. Adoboli de "trader voyou", l'accusation, selon qui cette fraude constitue "la plus grosse affaire jamais intervenue en Grande-Bretagne", lui reproche d'avoir dépassé les limites de courtage qui lui avaient été fixées, en inventant des opérations fictives et en mentant à ses supérieurs pour chercher à faire progresser son bonus et ses perspectives de carrière.
 
Plaidant non coupable, l'ancien trader a affirmé au contraire que ses supérieurs étaient au courant de ses activités et l'encourageaient. "On nous disait d'y aller, on y allait. On nous disait de repousser les limites, donc nous repoussions les limites.
 
On nous disait 'tu ne sauras pas où est la limite avant que l'on ne te tape sur les doigts'", a-t-il raconté durant une audience.
 
"Nous avons trouvé la limite, nous sommes arrivés au bord, nous sommes tombés et j'ai été arrêté", a-t-il ajouté, alors que cette affaire a ravivé la polémique sur le manque de contrôle au sein des géants de la banque d'investissement qualifiés de "banques casinos" par leurs détracteurs.
 
Les agissements de M. Adoboli, qui avaient débuté en 2008, ont duré jusqu'au moment de son arrestation, en pleine nuit, le 15 septembre 2011, dans son bureau de la City.
 
Perte de contrôle
 
L'ancien trader, qui aurait pu faire perdre jusqu'à 12 milliards de dollars à la banque, a avoué avoir "totalement perdu le contrôle" lorsque les marchés se retournaient violemment en pleine crise de la zone euro.
 
Diplômé en informatique de l'université de Nottingham (centre de l'Angleterre), Kweku Adoboli, entré comme simple stagiaire au sein de la banque, avait intégré en 2006 le département des ETF ("Exchange Traded Funds"), des produits financiers complexes adossés à l'évolution d'un indice boursier.
 
Grimpant les échelons, ce fils d'un ancien fonctionnaire des Nations unies à la retraite était devenu responsable d'un portefeuille de 50 milliards de dollars, avec un seul collègue pour l'épauler.
 
Cette affaire rappelle celle du trader français Jérôme Kerviel, condamné en octobre en appel à cinq ans de prison dont trois ferme, ainsi qu'à 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts, le montant de la perte qu'il a fait subir à la Société Générale.