La Birmanie célèbre le soulèvement populaire de 1988

Des milliers de Birmans étaient rassemblés jeudi à Rangoun pour le 25e anniversaire du soulèvement populaire réprimé de 1988.
07 août 2015, 11:39
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
myanmar

La cheffe de l'opposition birmane Aung San Suu Kyi a appelé jeudi le pays à poursuivre sur la voie des réformes. Elle s'exprimait devant des milliers de personnes réunies pour l'anniversaire du soulèvement populaire réprimé de 1988, la plus importante commémoration de cet événement.

Quelque 5000 personnes se sont pressées dans un centre des congrès de Rangoun et des milliers d'autres attendaient à l'extérieur pour suivre sur des écrans géants l'hommage rendu aux victimes tombées sous les balles de l'ancienne junte le 8 août 1988.

Cet événement, auquel assistaient notamment des représentants de l'opposition et du parti au pouvoir ainsi que des diplomates et des moines bouddhistes, intervient alors que le gouvernement qui a succédé à la junte en mars 2011 a entraîné la Birmanie dans un tourbillon de réformes et l'a sortie de son isolement après près d'un demi-siècle de dictature militaire.

Mais il reste encore beaucoup à faire, a déclaré en substance Aung San Suu Kyi. Elle a répété son attachement à la mise en place d'un véritable état de droit et à la réforme de la Constitution controversée de 2008 qui octroie de très importants pouvoirs à l'armée et l'empêche de devenir présidente.

"Le temps ne nous attend pas. Nous devons aller de l'avant", a déclaré la présidente de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), qui a récemment indiqué sans détour viser la présidence à l'issue des élections législatives de 2015.

Marche non autorisée

Ko Ko Gyi, un des leaders étudiants du mouvement de 1988, a lui appelé à continuer à faire vivre "l'esprit" de ce soulèvement. "Nous ne pouvons pas effacer l'Histoire. La situation d'aujourd'hui est le résultat du mouvement populaire de 1988. Même si nous n'avons pas atteint notre objectif, nous arrivons au début du chemin", a déclaré ce responsable de l'organisation pro-démocratie Génération 88.

Jeudi matin, une cinquantaine de personnes ont défilé pour la première fois sur les lieux de la répression sanglante, une marche non autorisée que la police a tenté d'empêcher.

"Nous marchons sur le chemin de la démocratie grâce à la révolution de 1988. La transition est la conséquence de la révolution de 1988", a déclaré l'un des participants, Tun Tun Oo, 49 ans, ancien leader étudiant. Mais "nous n'avons pas encore la démocratie".

Un autre groupe d'une cinquantaine de militants a déposé des fleurs en forme de "8" dans le centre-ville.

Tournant

La répression d'une manifestation d'étudiants le 8 août 1988 à Rangoun avait marqué un tournant vers un véritable soulèvement populaire attirant dans les rues des centaines de milliers de personnes dans tout le pays. Le pouvoir avait vacillé, avant d'organiser une répression qui avait fait au total quelque 3000 morts.

Ces événements avaient marqué le début de la carrière politique de Mme Suu Kyi. La fille du héros de l'indépendance Aung San, qui vivait à Londres, était rentrée en Birmanie au chevet de sa mère malade en avril 1988 et n'était jamais repartie.

Elle avait vite pris un rôle de premier plan dans le mouvement pro-démocratique, qui la conduira dès l'année suivante à sa première assignation à résidence par la junte. Elle passera au total quinze années privée de liberté jusqu'à sa libération par les militaires en novembre 2010.

Nombreuses réformes

Quelques mois plus tard, la junte transférait ses pouvoirs à un gouvernement d'anciens militaires qui a depuis multiplié les réformes.

Il a ainsi permis le retour au coeur du jeu politique de Suu Kyi, élue députée aux élections partielles de l'an dernier, mais a aussi libéré des centaines de prisonniers politiques, aboli la censure et progressé vers l'établissement de la paix avec les groupes rebelles des minorités ethniques.