La Corée du Nord comparée au nazisme

Devant le Conseil des droits de l'homme réuni lundi à Genève, le président de la commission d'enquête sur la Corée du Nord a comparé ce pays au nazisme et aux Khmers rouges.
07 août 2015, 13:29
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Michael Kirby, Chairperson of the Commission of Inquiry on Human Rights in North Korea, presents his report, during a session of the Human Rights Council on the report of the Commission of Inquiry on Human Rights in North Korea, at the European headquarters of the United Nationsin Geneva, in Geneva, Switzerland, Monday, March 17, 2014. (KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi)

Les crimes commis en Corée du Nord sont comparables à ceux perpétrés lors du nazisme, pendant l'apartheid ou le régime des Khmers rouges. Le président de la commission d'enquête sur la Corée du Nord, Michael Kirby, a demandé lundi à la communauté internationale de ne plus détourner le regard et d'agir.

Rappelant les conclusions de son rapport publié le 17 février et faisant état de crimes contre l'humanité commis à grande échelle, le juge australien a comparé la situation en Corée du Nord au nazisme, à l'apartheid en Afrique du Sud et au régime des Khmers rouges au Cambodge.

"A chaque fois, nous avions dit: jamais plus. Nous sommes au XXIe siècle et nous sommes confrontés à un autre fléau honteux. Nous ne pouvons pas détourner le regard ou rester impuissants", a affirmé le président de la commission d'enquête devant le Conseil des droits de l'homme réuni à Genève.

"La gravité, l'ampleur, la durée et la nature des atrocités innommables perpétrées dans le pays révèlent un Etat totalitaire qui n'a pas de pareil dans le monde contemporain", a déclaré Michael Kirby.

Plus d'excuses

"Des crimes contre l'humanité continuent d'être commis en Corée du Nord. Le reste du monde l'a ignoré trop longtemps. Maintenant il n'y a plus d'excuses, parce que nous savons", a-t-il ajouté.

"Un rapport convaincant et une bonne couverture médiatique ne sont pas suffisants", a affirmé M. Kirby en appelant la communauté internationale à passer à l'action et à assumer sa responsabilité de protéger. Il a demandé que la Cour pénale internationale (CPI) soit saisie des crimes perpétrés par Pyongyang.

Le président de la commission d'enquête a aussi lancé un appel au dialogue aux autorités nord-coréennes pour qu'elles montrent leur bonne volonté.

Mais la Corée du Nord a rejeté le rapport de l'ONU comme un tissu de mensonges et a dénoncé une provocation politique. Pyongyang a refusé tout contact avec la commission d'enquête.

Le représentant nord-coréen auprès de l'ONU à Genève, l'ambassadeur So Se Pyong, a quitté les débats alors que la parole était au Japon. Ce pays avait invité à parler un représentant de l'Association des Familles des victimes kidnappées en Corée du Nord, Shigeo Lizuka.

Au plus haut niveau

Dans son rapport, la commission a estimé que "des centaines de milliers de prisonniers politiques ont péri dans des camps pendant les 50 dernières années". Elle a établi que de "80'000 à 120'000 prisonniers politiques sont actuellement détenus dans quatre grands camps". Le rapport estime en outre "à plus de 200'000, y compris des enfants" le nombre de disparitions.

Il met en cause des "politiques établies au plus haut niveau de l'Etat". Pour Michael Kirby, le numéro un nord-coréen Kim Jong-Un a "une grande part de responsabilité".

Lors du débat, l'Union européenne et le Japon ont confirmé qu'ils vont soumettre au Conseil, à la fin de la session le 27 ou 28 mars, une résolution condamnant la Corée du Nord et prolongeant le mandat du rapporteur spécial. La Suisse a exprimé son soutien aux recommandations de la commission d'enquête.

L'émissaire américain pour la question des droits de l'homme en Corée du Nord, Robert King, a demandé la mise en place d'"un mécanisme sur le terrain" pour continuer à suivre de près les abus dans le pays.

Refus de la Chine

Mais la Chine, alliée de Pyongyang, a mis en cause la crédibilité de l'enquête de la commission et refusé toute saisine de la CPI par le Conseil de sécurité. Elle a indiqué qu'elle continuerait à refouler les personnes qui entrent en Chine de "manière illégale".

En conclusion du débat, le président de la commission a estimé que l'urgence est de femer les camps de prisonniers. Répondant à la Chine. M. Kirby a rappelé à Pékin qu'il a signé les traités internationaux interdisant le refoulement de réfugiés dans un pays où ils risquent leur vie.

Il a souhaité que la question soit inscrite à l'ordre du jour du Conseil de sécurité de l'ONU. Il a en même temps rejeté l'idée de sanctions économiques contre la Corée du Nord, car elles toucheraient une population déjà victime de privations.