La Tunisie fête son premier scrutin libre dans un climat délétère

L'Assemblée nationale constituante fête ses un an mais aucun événement unitaire n'est prévu pour célébrer ce jour historique.
06 août 2015, 14:54
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Les femmes tunisiennes manifestaient déjà pour leurs droits en novembre 2011 à Tunis.

La Tunisie fête mardi l'anniversaire de ses premières élections libres dans un climat de tensions et d'incertitude. Alors que des flambées de violences marquent encore le pays, l'Assemblée nationale constituante (ANC) a pris du retard dans la rédaction de la Constitution.

La classe politique est dans l'ensemble d'accord pour qualifier d'historique le 23 octobre 2012, date du premier anniversaire de l'ANC. Son élection a consacré la révolution de janvier 2011 qui avait chassé le président Zine El Abidine Ben Ali du pouvoir.
 
Mais, signe des profondes divisions politiques, aucun événement unitaire n'a été annoncé pour marquer cette date, chacun prévoyant des manifestations ou des colloques en ordre dispersé. L'ANC siégera néanmoins en présence du Premier ministre islamiste Hamadi Jebali et du président Moncef Marzouki.
 
Depuis des mois la coalition au pouvoir, dirigée par les islamistes d'Ennahda, et l'opposition s'affrontent et se provoquent. Les crises se succèdent ainsi sur l'essentiel des dossiers soumis à l'ANC.
 
Sur le terrain, ces joutes verbales dégénèrent parfois en violences. Dernier épisode en date, la mort à Tataouine (sud) d'un représentant du parti Nidaa Tounès lors d'affrontements avec des manifestants jugés proches d'Ennahda.
 
Refus de l'autre
 
Le quotidien La Presse s'inquiétait dès lors samedi du "fanatisme politique, (du) refus de l'autre" en Tunisie. "La société civile et les partis politiques sont plus que jamais appelés à assumer pleinement leur rôle de rempart contre ce monstre rampant nommé la violence politique", note-t-il.
 
Tentant de calmer les esprits, M. Marzouki, un laïc allié aux islamistes, a appelé vendredi "tous les partis à faire leur introspection" après cette "catastrophe (...) pour la cohésion nationale". "Le pays a besoin d'une étape de dialogue", a-t-il ajouté.
 
La principale centrale syndicale, l'UGTT, avait bien tenté le 16 octobre d'organiser un tel "dialogue national", mais Ennahda et le parti de M. Marzouki ont boycotté la rencontre en raison de la présence de Nidaa Tounès, le parti de l'ex-Premier ministre Beji Caïd Essebsi, accusé d'être un cacique de l'ancien régime.
 
Résultat, la soixantaine d'organisations présentes ont en retour rejeté la proposition du pouvoir d'organiser des élections générales le 23 juin 2013, et aucun calendrier pour l'adoption de la Constitution n'a émergé.
 
Fin de la légitimité
 
Par ailleurs, une partie de la classe politique considère que le gouvernement perdra sa légitimité le 23 octobre, faute d'avoir pu achever, comme promis, la loi fondamentale dans l'année suivant l'élection de l'ANC.
 
A cette paralysie politique s'ajoutent les coups d'éclat sporadiques orchestrés par la minorité salafiste jihadiste. Ils ont culminé le 14 septembre avec l'attaque de l'ambassade américaine, faisant quatre morts.
 
Par ailleurs, les protestations socio-économiques, alors que la misère avait été le déclencheur de la révolution, n'ont cessé de se multiplier, en particulier dans le centre déshérité du pays.
 
Enfin, les autorités sont en conflit ouvert avec les médias qui dénoncent les ingérences du gouvernement, alors que celui-ci les accuse d'être aux mains de tenants de l'ancien régime. L'antagonisme a culminé avec une grève générale des journalistes le 17 octobre.